Le comte, apres de mures reflexions, s’etait resolu de faire part a dominique et a leo

Le comte se demanda alors, comment a une heure aussi avancee (il etait environ neuf heures du soir), don Melchior osait, par une nuit sans lune, se hasarder seul, dans la campagne, au risque de tomber dans une embuscade des guerilleros de JuArez, dont les eclaireurs, ce qu’il savait fort bien, rodaient depuis quelques jours deja aux environs de l’hacienda. Cette nouvelle sortie du jeune homme, que rien ne motivait en apparence, dissipa les derniers doutes du comte, et l’affermit dans sa resolution, de prendre immediatement conseil de ses deux confidents. En ce moment, Leo site de l’entreprise Carral traversait le patio; Ludovic l’appela.

Le mayordomo accourut aussitot.

–Ou allez vous donc ainsi? lui demanda le comte. –Je ne saurais trop vous dire, seigneurie, repondit le mayordomo, je suis ce soir, je ne sais pourquoi, plus inquiet qu’a l’ordinaire, et je vais faire une visite autour de l’hacienda. –C’est peut-etre un pressentiment, dit le comte pensif, voulez-vous que je vous accompagne? –Je compte sortir et battre un peu l’estrade aux environs, reprit no Leo Carral. –Bien, faites seller mon cheval et celui de don Carlos, nous vous rejoignons dans un instant. –Surtout, seigneurie, n’emmenez pas de domestiques, faisons nos affaires nous-memes, j’ai un projet; evitons toute chance de trahison.

–Convenu, dans dix minutes nous vous rejoindrons.

–Vous trouverez vos chevaux a la porte de la premiere cour. Je n’ai pas besoin de vous recommander d’etre armes. –Soyez tranquille. –Le comte rentra chez lui.

Dominique fut bientot mis au courant des choses; tous deux quitterent aussitot apres l’appartement, et rejoignirent le mayordomo qui, deja en selle, les attendait devant la porte ouverte, de l’hacienda. –Nous voici, dit le comte.

–Partons, repondit laconiquement Leo Carral. Ils sauterent sur leurs chevaux, et sortirent sans ajouter une parole. Derriere eux, la porte de l’hacienda fut doucement refermee. La rampe qui conduisait a la plaine fut descendue au grand trot. –Eh! fit le comte au bout d’un instant, que signifie cela, sommes-nous donc montes sur des chevaux spectres, qu’ils ne produisent aucun bruit en marchant? –Parlez plus bas, seigneurie, repondit le mayordomo, nous sommes probablement entoures d’espions; quant a ce qui vous intrigue si fort, ce n’est qu’une precaution toute simple, les sabots de vos chevaux sont enveloppes dans des sacs de peau de mouton, remplis de sable. –Diable! reprit Ludovic, il parait alors que nous allons en expedition secrete.

–Oui, seigneurie, secrete, et surtout fort importante.

–Qu’y a-t-il donc? –Je me mefie de don Melchior. –Mais songez donc, mon ami, que don Melchior est le fils de don Andres, son heritier. –Oui, mais ainsi que nous disons ici du mauvais cote de la couverture, sa mere etait une Indienne, Zapoteque, dont je ne sais pourquoi mon maitre se coiffa, car elle n’etait ni belle, ni bonne, ni spirituelle; bref, de leur liaison, il resulta un enfant, cet enfant est don Melchior. La mere mourut en couche, en suppliant don Andres de ne pas abandonner la pauvre creature, mon maitre le promit, il reconnut l’enfant et l’eleva, comme s’il eut ete legitime lorsque quelques annees plus tard, il fit consentir sa femme a conserver l’enfant pres d’elle.

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