Le cavalier le remercia, prit une plume et en grosses lettres, sur une feuille blanche, a

°. suivi de trois points places en triangle, puis il remit la feuille tout ouverte a l’huissier.

–Tenez, lui dit-il. L’huissier le regarda avec etonnement. –Comment, s’ecria-t-il, vous etes.

. .

–Silence! fit l’etranger en posant son doigt sur sa bouche.

–Oh! vous entrerez, reprit l’huissier, et soulevant la portiere il ouvrit la porte et disparut. Mais presqu’aussitot la porte se rouvrit et une voix fortement timbree, voix qui n’etait pas celle de l’huissier, cria a deux reprises de l’interieur du cabinet: –Entrez, entrez! L’etranger entra. –Venez donc, reprit le president, venez donc, cher don Adolfo; c’est le ciel qui vous envoie, et il s’avanca vers lui en lui tendant la main. Don Adolfo serra respectueusement la main du president et s’assit sur un fauteuil aupres de lui. Au moment ou nous le mettons en scene, le president Miramon, ce general dont le nom etait dans toutes les bouches et qui passait a juste titre pour le premier homme de guerre du Mexique comme il en etait le meilleur administrateur, etait un tout jeune homme; il avait _vingt-six ans_ a peine, et pourtant que de grandes et nobles actions il avait accomplies depuis trois ans qu’il etait au pouvoir! Au physique, sa taille etait elegante et bien prise, ses manieres pleines de laisser-aller, sa demarche noble, ses traits fins, distingues remplis de finesse, respiraient l’audace et la loyaute, son front large etait deja plisse sous l’effort de la pensee, ses yeux noirs bien ouverts, avaient un regard droit et clair dont la profondeur inquietait parfois ceux sur lesquels il se fixait; son visage un peu pale et ses yeux bordes d’un large cercle bistre temoignaient d’une longue insomnie. –Ah! fit-il joyeusement en se laissant tomber dans un fauteuil, voila mon bon ici genie de retour, il va me rapporter mon bonheur envole. Don Adolfo hocha tristement la tete. –Que veut dire ce mouvement, mon ami? reprit le president. –Cela veut dire, general, que je crains qu’il ne soit trop tard. –Trop tard? Comment cela, ne me croyez-vous donc pas capable de prendre une eclatante revanche de mes ennemis? –Je vous crois capable de toutes les grandes et nobles actions, general, repondit-il; malheureusement la trahison vous entoure de toutes parts, vos amis vous abandonnent. –Ce n’est que trop vrai, dit le general avec amertume; le clerge et le haut commerce, dont je me suis fait le protecteur, que j’ai toujours et partout defendus, me laissent egoistement user mes dernieres ressources a les proteger, sans daigner me venir en aide; ils me regretteront bientot, si, ce qui n’est que trop probable, je succombe par leur faute. –Oui, c’est vrai, general, et dans le conseil que cette nuit vous avez tenu, vous vous etes sans doute assure d’une maniere definitive des intentions de ces hommes auxquels vous avez tout sacrifie.

–Oui, repondit-il, en froncant le sourcil et en scandant amerement ses paroles, a toutes mes demandes, a toutes mes observations, ils n’ont fait qu’une seule et meme reponse: Nous ne pouvons pas; c’etait un mot d’ordre convenu entre eux! –Votre position doit alors, pardonnez-moi cette franchise, general, votre position doit etre extremement critique.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *