Le blesse entr’ouvrit les yeux, jeta un regard egare autour de lui et le fixant enfin

Hum! Le cas est grave! Comment faire pour remedier a cela? –Bourreau! reprit faiblement le blesse, tue-moi. –Il y tient a ce qu’il parait; cet homme est tombe dans quelque guet-apens affreux, son esprit trouble ne lui rappelle que la derniere scene de meurtre dans laquelle il a joue un role si malheureux; il faut couper court a cela, et lui rendre le calme necessaire a sa guerison, sinon il est perdu. –Ne le sais-je pas bien que je suis perdu? dit le blesse qui avait entendu cette derniere parole, tue-moi donc sans me faire souffrir davantage.

–Vous m’entendez, senor, repondit le jeune homme; fort bien, alors ecoutez-moi sans m’interrompre: je ne suis pas un des hommes qui vous ont mis dans l’etat ou vous vous trouvez; je suis un voyageur, que le hasard ou plutot la providence a conduit sur cette route, pour vous venir en aide, et je l’espere pour vous sauver; vous me comprenez bien n’est-ce pas? Cessez donc de vous forger des chimeres, oubliez s’il est possible, quant a present du moins, ce qui s’est passe entre vous et vos assassins, je n’ai d’autre desir que celui de vous etre utile; sans moi vous seriez mort; ne rendez pas plus difficile la tache deja si dure que je me suis imposee; votre salut desormais depend de vous seul. Le blesse fit un brusque mouvement pour se relever, mais ses forces le trahirent, il retomba avec un soupir de decouragement.

–Je ne puis, murmura-t-il. –Je le crois bien, blesse comme vous l’etes; c’est un miracle que l’affreux coup d’epee que vous avez recu ne vous aie pas tue raide; ne vous opposez donc pas davantage a ce que l’humanite m’ordonne de ici faire pour vous. –Mais si vous n’etes pas assassin, qui donc etes vous? lui demanda le blesse avec inquietude. –Qui je suis, moi? Un pauvre diable de vaquero qui vous a trouve ici agonisant et qui a ete assez heureux pour vous rendre a la vie. –Et vous me jurez que vos intentions sont bonnes? –Je vous le jure, sur mon honneur. –Merci, murmura le blesse.

Il y eut un silence assez long. –Oh! Je veux vivre, reprit le blesse avec une energie concentree. –Je comprends ce desir, il me semble tout naturel de votre part. –Oui, je veux vivre, car il faut que je me venge. –Ce sentiment est juste, la vengeance est permise. –Vous me sauverez, vous me le promettez, n’est-ce pas? –Du moins ferai-je tout ce qu’il me sera possible pour cela. –Oh! Je suis riche, je vous recompenserai. Le ranchero hocha la tete. –Pourquoi parler de recompense? dit-il; croyez-vous donc que le devouement puisse s’acheter; gardez votre or, caballero; il me serait inutile, je n’en ai pas besoin. –Cependant il est de mon devoir.

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. –Pas un mot de plus sur ce sujet, je vous en prie, senor, toute insistance de votre part serait pour moi une mortelle injure; je fais mon devoir en vous sauvant la vie, je n’ai droit a aucune recompense. –Agissez donc a votre guise. –Promettez-moi d’abord de ne pas soulever d’objection a ce que je jugerai convenable de faire dans l’interet de votre salut.

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