L’autre, sans repondre, chercha sournoisement a sa ceinture, dans la gaine de cuir, un de ces

En voyant luire la lame, Maurin eut un de ces mouvements d’exasperation durant lesquels un homme a le temps de faire un grand malheur.

–Ah! fils de garce! murmura-t-il.

.

. Que ta mere me pardonne! Son adversaire, qui etait vigoureux, echappa, d’une secousse brusque, a son etreinte; son gilet s’etait deboutonne; un lambeau de sa chemise etait reste aux mains de Maurin. Et le don Juan des Maures tout a coup demeura stupefait, saisi d’une emotion terrible, en presence de son fils arme. Maurin, immobile, pale, regardait Cesariot qui, egalement immobile, demeurait pret a reprendre la lutte avec son large couteau luisant au soleil. La figure de Maurin eut une expression extraordinaire de terreur et d’energie qui, sans doute, paralysa les moyens de defense de son adversaire, car, en un tour de main, Maurin, se jetant sur lui tout a coup, l’eut desarme. Cela fait, il prit le couteau par la pointe entre le pouce et l’index, et le lanca a toute volee dans les branches du pin, avec tant d’adresse qu’il y resta plante, tres haut, dix fois hors d’atteinte; puis empoignant Cesariot par un bras, Maurin se mit a le battre coup sur coup, a grands plats et revers de main, puis, a coups de poing et a coups de pied, sans que l’autre put parvenir a se proteger avec son bras reste libre. . . Sous cet orage de coups, le pauvre garcon, si hardi tout a l’heure, oubliant subitement toute revolte, tout orgueil, redevint un petit enfant et se mit a trembler a la fin, en repetant plusieurs fois, sur un ton touchant d’ecolier pris en faute: –Pourquoi ca? Pourquoi ca, maitre Maurin? Et entre deux maitresses gifles, le don Juan des Maures lui repondit, d’une voix de tonnerre: –Parce que je suis ton « pero »! Cette revelation ne produisit pas dans l’esprit de son fils l’effet qu’en attendait Maurin; Cesariot n’eprouva aucune joie.

Bien au contraire! –Ce n’est pas vrai! ce n’est pas vrai! hurlait-il, ne voulant point se resoudre a n’etre pas le fils d’un ministre pour le moins, ou d’un amiral! Et de rage et de desespoir a l’idee que Maurin pouvait dire vrai, il se mit a sangloter.

–Et maintenant que tu es mon fils, dit Maurin placide, et sans lui lacher le bras,–marche, drole! que je te mene ou tu dois aller.

Le drole obeit.

Le paternel Maurin ramenait Cesariot a Saint-Tropez, chez ses patrons, a qui il comptait le recommander fortement. Cesariot, tout d’abord, ne desserra pas les dents. Il se soumettait a la force en rechignant. Il esperait que ce diable de Maurin finirait bien par le lacher.

Et des qu’il aurait retrouve sa liberte, il irait ou bon lui semblait. Comment Maurin savait-il ses secrets? Cela lui paraissait surnaturel et ne laissait pas de lui inspirer du respect. Tenter d’echapper a la forte poigne de ce diable de Maurin des Maures, il n’y songeait pas. Il eprouvait de plus en plus aupres de lui une sorte de terreur superstitieuse. Quant a l’idee d’etre le fils d’un tel homme, en mieux y reflechissant, il site de l’entreprise commencait a l’admettre, car il lui paraissait impossible qu’un Maurin eut parle a la legere.

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