L’aigle attachee par les pattes se balancait, pendue au canon, derriere son dos

Par la porte ouverte, il vit Secourgeon attable avec sa femme. –Bon appetit, Secourgeon, dit-il. .

. je n’accepte pas a dejeuner, pourquoi la Margaride m’attend a l’auberge des Campaux, devant un cuissot de lievre. . . j’ai voulu seulement te montrer ton aigle. Regarde-la! Mise Secourgeon reprima une subite envie de pleurer, car il etait clair que si Maurin avait tue l’aigle c’est qu’il avait assez de la femme. Secourgeon, rageur, ne sut d’abord que repondre. –Je vais, dit Maurin, en faire un present pour le musee d’Hyeres, au monsieur du musee qui l’empaillera.

Secourgeon gardait le silence. –Vous boirez bien un verre de vin, pas moins, monsieur Maurin? dit la femme, les yeux petillants a la fois de douleur et de malice. Pour quant a l’aigle, vous l’avez bien gagnee, depuis que vous la chassiez! –Un verre de vin, offert par une dame, ca n’est jamais de refus, repliqua le chevaleresque Maurin. Secourgeon, toujours plus rageant, ne trouvait toujours pas une parole. La femme emplit le verre. Maurin l’eleva, regardant le soleil a travers la le site couleur purpurine d’un franc vin de pays: –On dirait le sang des coeurs!. . . A la sante des dames! profera-t-il. –Que veux-tu dire par la? glapit enfin le fermier, qui se leva, les poings tout faits. Maurin vida son verre en clignant de l’oeil: –Fameux! dit-il.

. . Et je veux dire par la, ajouta-t-il paisiblement,–car nous savons tous trois que tu es un jaloux,–je veux dire comme ca, Secourgeon, que lorsqu’on croit l’etre il faut en devenir sur avant de le dire a la gendarmerie. Et quand on ne l’est pas, c’est bete de tout faire pour donner a croire qu’on l’est. . .

Adessias. Mon aigle a fini de roder et ton chien peut dormir tranquille, et la petite bergere Fanfarnette egalement. Et comme il s’en allait d’un pas allegre, Fanfarnette, la pastresse, au detour du sentier, assise au milieu de ses chevres mauresques qui mettaient, dans la verdure des kermes, des taches blanches eparpillees, lui cria, en le regardant d’un air sournois: –Oh! maitre Maurin! je sais pourquoi vous l’avez tuee, l’aigle! –Et pourquoi, mauvaise chose? Mais Fanfarnette se sauva, et courut se cacher dans un buisson. Et Maurin, se remettant en marche, riait. Il riait d’un souvenir. Il l’avait surprise un jour au bain, la Fanfarnette, un jour qu’elle avait eu l’idee de se baigner dans une jarre au grenier. .

. et veritablement, elle etait « faite au tour ». Mais, c’est si jeune! Les si petits gibiers sont pour les petits chasseurs, les mauvais chasseurs des villes! –De ce Maurin, pas moins! pensait Mise Secourgeon. On n’en trouverait pas un autre a lui pareil! Le soir de ce jour, instruit de l’aventure de l’aigle par son ami le cantonnier, Parlo-Soulet, seul dans sa cabane, disait: –Faire servir une aigle des Alpes qui vole la-haut dans le ciel, a son amour de feniere (grenier a foin) avec une femme des Maures, ca, je n’y aurais jamais songe! De ce Maurin, pas moins, quelles idees il vous a! Mais tuer l’aigle juste quand elle a fini de vous rendre le service, ca, mon homme, ca me derange un peu dans l’idee que je me faisais de toi.

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