La table etait encore mise, monsieur, avec une nappe, monsieur! des bouteilles de plusieurs grandeurs et

Et devant la table, par terre, les bras ouverts en croix comme s’il priait, etait couche sur le dos le Canonge, la figure toute maigre et le ventre en l’air, tout rond! Je le vis en entrant, mon Canonge, raide-mort, monsieur, raide-mort! son avarice l’avait tue, comme de juste–et comme je l’avais prevu. Je le tatai, il etait deja froid.

« Alors, je courus vers Latrinque, jetant la ma pioche pour aller plus vite, perdant mon chapeau, et de bien loin, je lui criai: « –Le Canonge est mort! « –Le Canonge est mort? » « Il ne voulait pas se le croire. On ne croit pas tout de suite a des fortunes de cent mille francs. « –Oui, le Canonge est mort! » « Alors, Latrinque, lui aussi, jeta sa pioche en l’air et il se mit a danser au soleil, comme un fou, au milieu des mottes dures. On eut dit qu’il foulait la vendange dans sa cuve, quoiqu’il dansat trop haut pour ca.

Tout en un coup, il se mit a courir vers sa maison pour aller voir par lui-meme si c’etait bien vrai, mais une idee le prit en chemin; il s’arreta pres de moi, me mit le poing sous la figure, et me dit: « –Tu te fiches de moi, _preutretre_? « –Je te dis qu’il est mort, espece d’ane! « –Si tu me fais une farce, me dit Latrinque, nous reglerons la suite,–mais si tu as dit verite, Magaud,–comme c’est toi qui m’as donne le conseil.

. . et que l’heritage est beaucoup gros,–je te promets. . . vingt francs! tu entends bien? je te donnerai vingt francs, pas un liard de moins; et ca, je te le jure sur la tete de mes enfants et de ma pauvre mere qui est morte. . .  » « Magaud poussa un grand soupir. Sans doute, il exhalait, avec l’odeur de l’oignon, le regret de n’avoir pas ete choisi par la Providence comme l’heritier du Canonge. « –Et les vingt francs, monsieur,–vous me croirez si vous voulez. . . eh bien. .

. il me les donna! trois jours apres! » « On sentait que ce trait d’honnetete de Latrinque etonnait encore Magaud. « Il remit lentement les debris de son pauvre repas dans le carnier qu’il suspendit a l’arbre, but une gorgee encore, posa, dans un creux du vieux tronc d’olivier, bien a l’ombre, sa bouteille presque vide et reprit sa pioche. « Il revint au champ qu’il recavait, planta jusqu’aux chevilles, entre les mottes rougeatres, ses souliers enormes, souleva par-dessus sa tete, d’un mouvement automatique, sa lourde pioche a deux dents, et, s’inclinant tout a coup, il la piqua a toute volee, dans la friche dure, qui brusquement se fendit. « Alors, tout courbe, Magaud saisit par l’extremite le manche de bois horizontal et, au moment de le tirer a lui, de bas en haut, il parla sans se relever: « –Voila pourquoi le fils de Latrinque, que vous venez le site de voir passer, est si fier sur sa carette. . .

il me dit encore bonzour quelquefois, oui, mais il ne m’aime guere.  » « Et Magaud conclut, avec le ton sourd de la sagesse qui vient des profondeurs: « –Les gens a qui on a fait du bien, c’est toujours comme ca! » « Magaud souleva brusquement le manche horizontal de sa pioche, et la force du levier detacha un gros bloc dentele de cette terre pareille, pour la durete, a de la rocaille.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *