La salome bondit avec un eclat de trilles et un scintillement de pierreries

Les croches se dardent comme des diamants et se fluidifient en collier comme une riviere d’ambre sur la poitrine. Deux notes breves saillissent comme les escarboucles des seins. Et Paul Doriaste ne percoit plus que les multiples voluptes d’un corps feminin harmonique en danse harmonieuse. Il y voit la nudite de Marceline; il se retient pour ne pas l’etreindre. Et, par la salle, les bravos croulent, rebondissant sur les banquettes ecarlates. –C’est delicieux, emet-elle: toutes ces notes s’epanouissent comme les fleurs d’un jardin feerique.

Elle a du composer cette sentence avec un extreme soin, pendant toute une moitie du morceau. Le chroniqueur s’enrage a l’entendre, il se contente d’affirmer: –Parfaitement, madame. Lamoureux, le chef d’orchestre, gravit l’estrade.

Il inspecte le public a travers la luisance de son binocle, avec un lent tournoiement de sa carrure pesante. Levant l’archet, il fait signe. Du Wagner: le premier acte de _Tristan et Yseult_. La gigantesque rumeur d’un ocean enfle par les cordes, hurle dans les cuivres, se lamente dans les contrebasses, s’ecroule avec le choc grave de la grosse caisse, avec l’eclatante sonorite des cymbales.

Et, par un moutonnement de notes minimes, la vague retrogradante bruisse. Les tonalites enormes et balbutiantes de la grande mer s’epanchent dans l’ampleur de cette phrase musicale toujours reprise, toujours elle-meme et jamais identique. Cela institue d’immenses perspectives d’eau verte montuant sous un ciel froid, quelque chose de terrifiant et de squameux; et l’inopinee chanson du mousse se deverse des hunes pales: sensation de l’humain infime perdu dans l’immensite du large. Doriaste, tres empoigne, abandonne sa rancune contre le beotisme de Marceline. Un instant, a peine, le gagne un dedain pour l’ecrivaillerie sentimentale dont elle copie les piteuses heroines. Ailleurs l’emporte un rythme.

Fatiguee de s’etre tenue si longtemps roide, Marceline flechit vers le dossier de son fauteuil, et un reflet rouge, le reflet d’une tenture de loge se pose dans sa pupille bleue. A la contempler, Doriaste ressent un nouvel afflux de desirs. Une chaleur parfumee l’impregne et affadit sa rage. Marceline s’affaisse toujours en courbes molles. Il a bientot de sa jupe dans les jambes. Entre sa taille et le dossier du fauteuil il glisse la main. Ce lui procure une sensation d’exquis enervement effleurer le tissu un peu reche du corsage. Elle ne bouge, elle ne parle, elle ne drive-master.com se meut. Vaniteuse joie du jeune homme qui suppose acquiescente cette immobilite. Mais a la fin du morceau, levee brusquement, elle profere: –Adieu, par votre faute. C’est comme un soufflet sur la joue de Doriaste, une lecon qu’elle donne. Et tout son mepris pour cette becasse platonique s’exhale en une populaciere injure murmuree, qu’il entendit naguere sur le boulevard et dont la gouailleuse intonation l’obsede: –He va donc, morue! Jusque la derniere note du concert, il se soule d’harmonie. Il s’avoue soulage de ne l’avoir plus la, elle.

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