La princesse, retiree dans sa famille, elevait sa fille loin du monde, avec une tendresse et

Le prince, homme fait maintenant, avait reflechi qu’il etait le dernier de sa race et qu’il etait urgent, s’il ne voulait pas que les biens et les titres de sa famille passassent a des collateraux eloignes, d’avoir un heritier de son nom; en consequence, il avait entame des negociations avec plusieurs familles princieres du pays, et a l’epoque ou nous sommes arrives, c’est-a-dire huit ans environ apres la mort de son frere, il etait fortement question du mariage prochain du prince avec la fille d’une des plus nobles maisons de la confederation germanique. Toutes les convenances se trouvaient reunies dans cette alliance, destinee a accroitre encore l’importance et la richesse deja proverbiale de la maison d’Oppenheim-Schlewig: la fiancee etait jeune, belle et appartenait par alliance a la maison regnante de Hapsbourg; le prince attachait donc a cette union la plus haute importance et en hatait par tous ses efforts la prompte conclusion.

Sur ces entrefaites, le comte Octave fut oblige, pour le reglement de certaines affaires d’interet, de quitter sa residence et de se rendre pour quelques jours dans une ville eloignee d’une vingtaine de lieues au plus. Le jeune homme fit ses adieux a sa soeur, monta en chaise de poste et partit. Le surlendemain, vers huit heures du soir, il arriva a la ville de Bruneck et descendit dans une maison a lui appartenant, qui se trouvait sur la place principale de la ville, a quelques pas a peine du palais du gouverneur. Bruneck est une fort jolie petite ville du Tyrol batie sur la rive droite de la Rienz dont la population, qui se monte a quinze ou seize cents habitants au plus, a conserve et conserve encore aujourd’hui les moeurs patriarcales, simples et severes d’il y a soixante ans. Le comte Octave remarqua avec surprise, a son entree dans la ville, que la plus grande agitation y regnait; malgre l’heure avancee, les rues que sa chaise traversa etaient remplies d’une foule inquiete qui allait, venait, courait dans tous les sens, avec site de l’entreprise des vociferations singulieres; la plupart des maisons etaient illuminees; sur la place, de grands feux etaient allumes. Des que le comte fut entre chez lui, il s’informa, tout en se mettant a table pour souper, de la cause de cette effervescence extraordinaire. Voici ce qu’il apprit: Le Tyrol est un pays excessivement montagneux, c’est la Suisse de l’Autriche; or, la plupart de ces montagnes servent de repaires a de nombreuses bandes de malfaiteurs, dont l’unique occupation est de ranconner les voyageurs que leur mauvaise etoile conduit a leur portee, piller les villages, et parfois meme, d’assez gros bourgs. Depuis nombre d’annees, un chef de bandits plus adroit et plus entreprenant que les autres, a la tete d’une troupe considerable d’hommes resolus et bien disciplines, desolait la contree, attaquant les voyageurs, brulant et pillant les villages, et n’hesitant pas, le cas echeant, a tenir tete aux detachements de soldats expedies a sa poursuite et qui, bien souvent, etaient revenus fort maltraites de leurs rencontres avec lui.

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