La lachete de tous fait votre assurance, mais la lachete va finir quand il faudra delivrer

« A present, laisse-nous passer, que mes gendarmes ont faim! Les gendarmes avait fait signe a Grondard de se taire.

Ils laissaient Maurin vider son sac, esperant surprendre quelque parole compromettante pour lui. Mais non, il parlait avec indignation au nom de la justice, en honnete homme qu’il etait. Sandri commencait a entrevoir clairement que peut-etre ce qui pouvait arriver de mieux a Maurin, c’etait une occasion publique de se defendre a voix claire et haute devant une cour d’assises par exemple, et il regrettait presque de l’avoir arrete.

–Allons, Maurin, c’est assez, dit-il.

En avant! Faites-nous place, Grondard. Grondard aurait voulu tenir ce Maurin, bien enchaine comme il l’etait, sous sa vilaine patte d’ours noir; il se rangea en grommelant: –A se revoir, Maurin! qui vivra verra! Et il s’enfonca dans la foret. Maurin et les gendarmes arriverent a La Verne.

C’est un couvent d’architecture romane et qui est tout en ruines. Les encadrements des fenetres et des portes, les clefs de voute, les consoles, les niches, sont en belle serpentine noire de Cogolin, et, luxe sur des haillons, ornent des murs degrades ou, dans les fentes, poussent des herbes.

Le couvent est plante au bord d’un plateau qui s’avance comme un cap sur le ravin.

Au-dessous de la construction, des roches verticales, murs naturels, prolongent par en bas ceux qui sont faits de main d’homme, en sorte que, du fond des ravins, le couvent parait haut de toute la hauteur de la colline. Du pied de la roche montent, jusqu’au faite de la toiture, des lierres colles aux murailles comme de gigantesques arborescences sur les pages d’un herbier demesure. Et c’est un luxe plus beau encore que les sculptures, ces lierres qui couvrent le monastere d’un manteau de velours vert aux plis pleins d’ombre, franges par l’or et la pourpre des aurores et des couchants. La-dedans, aux mois printaniers, nichent les oiseaux du ciel. En toute saison, ils s’y abritent et en agitent les feuillages bruissants. Les rouges-gorges batailleurs y pullulent a l’automne et y font petiller leur cliquetis de duel pareil au battement de deux feeriques epees qui ne seraient pas plus grosses que des aiguilles. La grive, qui aime les baies du lierre, y fait en novembre son « tsik, tsik, » leger comme l’appel d’un lutin qu’une seule feuille de pin cacherait tout entier. Les merles au site de l’entreprise bec jaune y sifflent des roulades. Les ramiers y roucoulent. Le cabreiret, la nuit, y parle seul et fait croire aux passants de la route lointaine que le chevrier nocturne rappelle ses chevres mauresques.

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. Elles sont toutes blanches, les chevres des Maures, tres petites, avec de grandes cornes en forme de lyre. Et il y a aussi, autour de ces lierres, des guepes bourdonnantes qui y attachent leur nid et qui descendent boire au torrent. Et toute cette vie fremissante des etres, dans ces vastes lierres si larges, si hauts, attaches depuis des siecles au monastere antique, benit obscurement le Dieu qui, non content de leur donner l’asile des feuillages, a fait batir pour eux ces murailles, ces cours, ces toitures, ces cellules et ces chapelles, c’est-a-dire des abris heureux contre le vent, et ou se rejouissent aussi la tarente et le lezard qui, dans les endroits chauffes par le soleil, ouvrent, entre les joints de la batisse chaude, leurs doux yeux gris qui donnent un regard aux pierres.

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