La jeune fille reprit: –suis-je donc condamnee a demeurer encore longtemps ici? –un peu de patience,

–Est-il ici ce soir? –Oui. –Toujours aussi hargneux? –Plus qu’il ne l’a jamais ete. –Et le Francais? –Ah, ah! fit le comte, voyons ce qu’on pense de moi. –C’est un charmant cavalier, murmura la jeune fille d’une voix tremblante, depuis quelques jours il semble triste.

–Il s’ennuie? –Je le crains. –Pauvre enfant, dit le comte, elle s’est apercu que je m’ennuie; il est vrai que je prends peu le soin de le cacher.

Ah ca mais, est-ce que je me serais trompe? Cet homme serait-il autre chose qu’un amoureux? C’est bien improbable? Cependant qui sait? ajouta-t-il avec fatuite.

Pendant ce long aparte, les deux causeurs avaient continue leur conversation qui avait ete totalement perdue pour le jeune homme; lorsqu’il se reprit a ecouter elle finissait.

–Je le ferai, puisque vous l’exigez, disait la jeune fille; mais est-ce donc bien necessaire, mon ami? –Indispensable, Dolores. –Diable! Il est familier, dit le comte.

–J’obeirais donc, reprit la jeune fille. –Maintenant separons-nous; je ne suis demeure que trop longtemps ici. L’inconnu rabattit son chapeau sur ses yeux, murmura une derniere fois le mot adieu et s’eloigna a grands pas. Le comte etait demeure immobile a la meme place en proie a une stupefaction profonde; l’inconnu passa presque a le toucher sans le voir, en ce moment une branche fit tomber son chapeau, un rayon de lune tomba d’aplomb sur son visage, le comte le reconnut alors. –Olivier! murmura-t-il, c’est donc lui qu’elle aime! Il rentra chez lui en chancelant comme un homme ivre; cette derniere decouverte l’avait bouleverse.

Le jeune homme se mit au lit, mais il ne put dormir, il passa la nuit entiere a former les projets les plus extravagants. Cependant, vers le matin, son agitation parut ceder a la lassitude. –Avant de prendre un parti quelconque, dit-il, je veux avoir une explication avec elle; bien certainement je ne l’aime pas, mais pour mon honneur il est necessaire qu’elle soit bien convaincue que je ne suis pas un niais et que je sais tout. C’est arrete: aujourd’hui meme je lui demanderai un entretien. Plus tranquille, apres avoir definitivement pris un parti, le comte ferma les yeux et s’endormit. En s’eveillant, il vit Raimbaut, devant son lit, un papier a la main.

–Qu’est-ce? Que me veux-tu? lui dit-il.

–C’est une lettre pour monsieur le comte, repondit le valet de chambre. –Eh, s’ecria-t-il, serait-ce des nouvelles de France? –Je ne crois pas; cette lettre a ete donnee a Lanca par une des cameristes de dona Dolores de la Cruz avec priere de la remettre a monsieur le comte aussitot son reveil.

–Voila qui est etrange, murmura le jeune homme en prenant la lettre et l’examinant avec attention; elle est bien a mon adresse, murmura-t-il en se decidant enfin a l’ouvrir.

Cette lettre etait de dona Dolores de la Cruz et ne contenait que ces quelques mots ecrits d’une ecriture fine et un peu tremblee: « Dona Dolores de la Cruz prie instamment le senor don voir la page Ludovic de la Saulay de lui accorder un entretien particulier pour une affaire fort importante, aujourd’hui a trois heures de la tarde; dona Dolores attendra le senor comte dans son appartement.

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