La foule murmura: –qui est celui-la qui parle? une voix cria: –c’est celui qui a tire

–Grelotte! dit, selon l’usage, le cure. –Grelotte! repetait en riant la foule, qui oubliait Pastoure pour persecuter le pauvre. Le pauvre, effare, honteux de son role, gene par tout ce vacarme fait autour de sa triste misere, disait a voix basse au cure: –Eh! je n’ai pas froid! Donnez ou ne donnez pas, mais faites vite, pour l’amour du bon Dieu! –Grelotte! criait la foule. N’osant pas desobeir a ce peuple, le cure ramena vers lui la culotte que deja le miserable croyait tenir, et il repetait, le naif cure qui se conformait aux usages des ancetres: –Grelotte! tremble! grelotte! grelotte, on te dit! Maurin, qui se trouvait au premier rang des spectateurs, n’y put tenir; il bondit sur la culotte, l’arracha aux mains du pretre, et tout aussitot, prenant le site le pauvre sous le bras, il le remit debout sur ses pieds en criant: –Allons! espece d’ane, debout! on ne demande jamais rien a genoux, apprends ca de Maurin!. . .

Et vous, bonnes gens, vous n’avez pas crainte de la lui faire tant desirer, dites un peu? N’a-t-il pas assez tremble de froid pour de bon dans toute sa vie? Faut-il encore lui faire faire la comedie de sa misere? Vous riez la de ce qui fait pleurer! N’avez-vous pas honte de faire mettre a genoux un homme, pour un present de quatre sous, dites-moi! Pour peu de chose, vous abaissez le chretien et vous humiliez une creature. Tant les uns que les autres, devots ou non, vous me feriez l’effet d’etre des brutes, si vous ne me faisiez pas l’effet d’etre des enfants qui jouent avec le malheur! Voila l’idee de Maurin. .

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et je ne vous l’envoie pas dire! Allons, toi, pauvre bougre, prends-la vitement et viens avec moi. . . qu’avec deux becasses je te ferai faire une veste et une culotte pour tes dimanches!. .

. Il fit mine de se retirer, mais se retournant tout a coup, il ajouta: –Je ne sais pas ce qu’en pense votre saint Martin, mais, selon mon idee, vous ne devez pas lui plaire beaucoup!. . . Et ces gens-la, qui sont des travailleurs, se plaignent toujours des grands riches! Ah! ca sera du beau, quand vous serez des bourgeois! ca me promet une jolie France! Maurin avait debite ce discours au milieu de la stupeur de la foule amassee, qui, lorsqu’il se tut, se disloqua en grand desordre, criant sus au sacrilege, a l’insulteur public! –Qu’est-ce qui lui prend donc a ce Maurin! un si brave homme, pechere! Le soleil l’aura rendu fou! Pastoure n’eut qu’un mot: –C’est envoye! fit-il. Et il se tint aux cotes de Maurin, pret a le defendre. Les devotes, bien entendu, etaient les plus animees. Une ceremonie publique, permise par le maire, etait troublee. Les citoyens inoffensifs et le pretre avaient ete bafoues. Il fallait sevir, dresser contre Maurin un maitre proces-verbal. Le roi des Maures ne trouva que peu de defenseurs, ayant attaque tout le monde sans distinction, ce qui est d’une deplorable politique. Le garde de la commune s’avanca, escortant l’adjoint charge de la police. –Allons! dit l’adjoint a Maurin, retirez-vous! L’adjoint, republicain et libre penseur, se montrait clement.

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