La flamme danse, et son ombre jaune sur la tete pensive des chiens allonges

_ _Miranda se repose toute mince dans l’antique fauteuil aux fleurages defunts.

Et saillent ses jambes rondes croisees dans la courte jupe de velours sombre. Sa chevelure denouee inonde de paleur les paleurs exsangues de sa face serieuse. Trop petite dans le fauteuil trop grand; trop blanche dans le fauteuil use. _ _Pour un sourire de sa memoire, ce site ses levres rosatres s’etirent. Et la flamme qui se tend jusqu’a elle leche ses yeux obscurs d’ombres flambantes.

_ OEIL-CHINOIS Apres le diner, on s’installa pour prendre le cafe dans le jardin, sous des berceaux de capucines. Il y avait la, autour de la maitresse de ceans, la delicieuse Blanche d’etanges, Leonie Clauss avec sa face blafarde de pierrot vicieux et Julia Lebreton, une brune massive, au regard tetu. Cavaliers: Hanser, le financier obese, le jeune de Tretel, et le fameux reporter Gros-Renaud. La nuit etait tombee douce et susurrante sur la Seine dont le cours fuyait, imperceptible, sous le pont instantanement ebranle par le passage du train de Paris. Les six convives goutaient l’exquise torpeur de la digestion.

Une bonne digestion de diner fin. Les bouteilles ventrues, les fioles allongees pleines de liqueurs multicolores encombraient la table parmi les petits verres de cristal, les tasses de Sevres, les boites a cigares et les mignonnes cigarettes blondes et opiacees. De l’autre cote de la rive, la-bas, des appels,–comme d’une voix de ventriloque,–coupaient tout a coup le silence de la nuit. Plus pres, de la route, des refrains expires, puis repris, montaient. Une lampe a abat-jour lilas lunait a peine l’obscurite que le feu des cigares cloutait d’or. La nuque grele de Leonie Clauss, la toilette estivale de Julia, l’enorme nez de de Tretel surgissaient fantastiquement de cette penombre nimbee. On parla potins. –Ainsi, demanda de Tretel, Madame Gimary vient de deserter definitivement le toit conjugal.

–C’est son mari qui doit etre embete, remarqua Leonie. –Je vous crois, fit le gros Hanser en se renversant sur sa chaise.

C’est sa femme qui est riche.

Lui a toujours fait de mauvaises affaires a la Bourse et avec ses maitresses. Il a encore perdu dernierement une forte somme avec le Panama. –Il parait que la petite OEil-Chinois lui a coute pres de deux cent mille francs, reprit de Tretel. –Quel imbecile! lanca dedaigneusement Hanser; moi, les femmes ne me coutent presque rien. –Tourne comme vous l’etes, ca se comprend, remarqua malicieusement Leonie Clauss. –Vous, vous allez vous taire, petite futee, repondit le gros Hanser, menacant du doigt, et visiblement pique malgre son air plaisant. –Pas de querelles, cria la maitresse de ceans. Puis s’adressant a Gros-Renaud: –Dites: vous la connaissez bien, vous, cette OEil-Chinois? Contez-nous donc quelques details. –Peuh! une petite rousse chiffonnee, interrompit la brune Julia Lebreton. –C’est elle qui est la cause de tout ce scandale, pas? continua Blanche d’etanges. –evidemment, firent en meme temps de Tretel et Hanser. –Messieurs, prononca avec autorite le reporter, vous avez devine que la brouille du menage Gimary est l’oeuvre de Mademoiselle OEil-Chinois.

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