La faenza cherchait son fils depuis quelques minutes, lorsqu’elle crut distinguer dans le recoin le plus

Elle s’arreta, aux aguets. On aurait dit vraiment qu’un bruit de baisers se melait au clapotis de l’eau tombant dans les vasques de marbre.

Retenant son souffle, elle avanca jusqu’au banc de pierre, derriere une haie de rosiers rouges.

Son fils Philippe etait en train de murmurer les choses les plus douces a l’oreille de Mademoiselle Clementine.

Alors un sentiment etrange envahit le coeur de l’ex-courtisane; elle eut un moment de vertige, puis ses prunelles se dilaterent et, suffoquee de colere, se dressant de toute sa hauteur devant les pauvres amoureux completement ahuris, elle apostropha Mademoiselle Mouflet en des termes virulents: –Elle etait vraiment bete pour ne pas s’etre apercue depuis longtemps qu’on venait la pour lui voler son fils. Avec ca qu’elle donnerait son argent pour nourrir un notaire tare et ses trainees de filles. Et la mere Mouflet donc, une pas grand’chose qui couchait avec ses domestiques! Tout le monde le savait dans le pays. Ils feraient bien tous ces panes de ne plus mettre le pied chez elle, elle les flanquerait a la porte a coups de balai. . . S’oubliant completement dans sa colere, Madame Verdal redevint la cascadeuse d’autrefois et accabla la famille Mouflet accourue au bruit de la dispute des plus ordurieres invectives. M. Mouflet emmena sa femme et ses filles mortes de peur, apres avoir repondu par une tirade indignee.

Philippe se tenait debout, les yeux hagards, ne comprenant pas. La Faenza rentra chez elle dans un etat d’exasperation indescriptible. Elle pleura, sanglota, se roula sur le tapis, la bave aux dents. Puis, se levant soudain, elle se mit a embrasser son fils a pleine levre, en riant comme une folle.

III Apres une bouderie de quelques jours la mere et le fils se reconcilierent avec un regain de tendresse. Et ce furent tous les jours de longues promenades a travers champs d’ou l’on revenait pareils a des amoureux de la veille, avec des touffes de genets plein les mains. Le matin, ils partaient des heures entieres a cheval, sous bois, et le soir par les clairs de lune romantiques, ils allaient rayer en canot les eaux calmes d’un etang voisin.

Chose curieuse! Depuis l’aventure du jardin, un changement notable s’opera dans les habitudes de la Faenza. Brisant avec l’attitude severe adoptee depuis sa conversion, elle jeta aux orties le froc inelegant de la femme honnete pour arborer de nouveau les etoffes ruineuses aux couleurs voyantes, les chapeaux aux plumes d’autruche et les gants de peau le site de daim tres montants. Les bijoux dont elle n’avait pas voulu se defaire, furent retires de leurs ecrins de velours grenat pour parer ces mains longues et fines et son cou royal. La poudre de riz ne suffisant plus a son embellissement, elle s’est souvenue des fards subtils et des aromates precieux qui donnent la jeunesse. Elle eut des soins particuliers pour la toilette des dessous dont elle savait toutes les perfidies: des dentelles anciennes sur des chemises de soie, des bas rose pale a bouffettes ou les diamants dardent les feux de leurs facettes.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *