La deroute se frottait les mains et regardait parfois du cote de paris en riant aux

–Ma foi, capitaine, dit-il, quand on fut en pleine campagne, M. de Pomereux a peut-etre raison, mais j’avoue que la figure furibonde et desesperee de M. de Charny me remplissait de joie; il etait sur sa chaise, blanc comme un spectre, et s’ecorchant la paume des mains avec ses ongles. Mort, il n’eut ete que mort; vivant, il enrage! Le soleil brillait depuis deux ou trois heures quand l’attelage ecumant s’arreta devant les portes de l’abbaye. Grippard, qui paris etait comme une ame en peine lorsqu’il ne voyait pas le sergent, signala le premier l’arrivee du carrosse.

Suzanne, prevenue par lui, accourut au-devant de Belle-Rose. –C’est a M. de Pomereux que je dois de vous revoir, dit le capitaine en presentant le comte a sa femme. Suzanne prit les deux mains de M. de Pomereux entre les siennes.

–Encore vous! s’ecria-t-elle; vous etes prodigue de devouement. –Que voulez-vous, madame! repondit le comte, quand je m’avise d’avoir une vertu, il faut toujours que j’y couse un defaut. Gaston regardait tout d’un air serieux, tenant par la main son ami la Deroute. Belle-Rose le conduisit a Suzanne. –Voila, dit-il, le motif de mon absence; c’est, vous le voyez, un motif tout charmant que vous aimerez bien vite. N’est-il pas fier et beau comme Achille? Suzanne se pencha vers l’enfant qui souriait en rougissant, et l’embrassa.

–C’est le fils de M. d’Assonville, reprit Belle-Rose.

–Le fils de M. d’Assonville! s’ecria Suzanne emue; oh! je l’aime deja! C’etait l’heure ou l’abbesse de Sainte-Claire d’Ennery se tenait dans son oratoire apres les offices du matin. Belle-Rose lui fit demander un entretien et quitta Suzanne, emmenant Gaston avec lui.

Genevieve le recut avec ce doux sourire qu’elle avait toujours en lui parlant. L’enfant attendait dans une piece contigue.

–Vous etiez parti, Jacques, dit l’abbesse, oubliant que votre vie ne vous appartient plus. –Ma vie appartient a ceux qui l’ont sauvee; ne vous la dois-je pas un peu? repondit Belle-Rose. Il y avait dans la voix du jeune officier quelque chose qui emut Genevieve.

Elle le regarda quelques instants, cherchant a lire dans ses yeux. –etais-je donc pour quelque chose dans votre voyage? reprit-elle. –Pour tout. L’abbesse palit et mit la main sur son coeur, qu’un trouble inconnu faisait battre. Belle-Rose prit cette main doucement.

–Au moment ou je suis parti, ajouta-t-il, Suzanne ne venait-elle pas de m’annoncer qu’elle allait etre mere, et ne devais-je pas songer a une autre mere? Une joie insensee inondait l’ame de Genevieve. –Mon Dieu! s’ecria-t-elle, vous vous etes souvenu de Gaston? Et, dans un acces de tendresse folle, oubliant le voeu qui la separait du monde, elle baisa Belle-Rose au front. Mais ce baiser de mere etait si chaste, que l’ange gardien de Genevieve dut l’abriter de ses ailes et le voir sans rougir. –Est-il ici? demanda Genevieve, dont les yeux humides ne pouvaient se detacher de ceux de Belle-Rose. Belle-Rose souleva une portiere, et prenant Gaston par la main, il le conduisit dans l’oratoire.

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