La deroute l’avait assise devant lui et la soutenait entre ses bras

Quand on fut proche de la barriere du Maine, Belle-Rose descendit de cheval.

–Tu vas te rendre a la rue du Roi-de-Sicile, chez M. de Pomereux, dit-il au sergent; quoi qu’il arrive, vous y serez en surete. –Et vous? –Moi, je vais chez l’honnete M. Meriset. –Seul? –Non, avec mon epee.

–A pied? –Sans doute! les fers d’un cheval sont indiscrets: ils diraient d’ou je viens et ou je vais a tout le quartier. La Deroute regardait tour a tour le capitaine et l’enfant.

–Si nous nous y rendions tous trois, dit-il enfin.

–Mon brave sergent, repondit Belle-Rose, ce serait exposer le petit sans profit pour les grands. Il jeta la bride de son cheval aux mains de la Deroute, et tandis que l’un se dirigeait vers la rue du Roi-de-Sicile par la rue Saint-Jacques, l’autre prenait du cote de la rue du Pot-de-Fer-Saint-Sulpice. La paris click nuit etait noire; il faisait un grand vent qui chassait de lourdes nuees dans le ciel; les girouettes criaient sur les toits, et les ais mal ajustes des vieilles portes grincaient sur les gonds tremblants. Parfois on voyait d’immobiles etoiles scintiller entre les dechirures des nuages dont les pans echeveles semblaient raser les grandes tours de Notre-Dame. Belle-Rose serra son manteau autour de ses epaules, s’assura que son epee et son poignard jouaient facilement dans leur gaine, et s’enfonca dans le faubourg Saint-Germain. Il arriva a la rue du Pot-de-Fer-Saint-Sulpice par la rue de Vaugirard.

Comme il en tournait l’angle, il vit un homme cache sous un porche, qui dormait roule dans une cape de gros drap, le chapeau sur les yeux. Belle-Rose pensa que c’etait un laquais qui etait tombe la en sortant du cabaret, et il passa outre. La maison de l’honnete M.

Meriset semblait, a cette heure avancee de la nuit, la plus silencieuse de toutes les silencieuses maisons du quartier; les volets en etaient bien clos, et pas une lumiere ne brillait par leurs fentes et leurs jointures. Belle-Rose souleva le marteau et frappa. Au troisieme coup, le volet d’une fenetre percee au-dessus de la porte s’ouvrit lentement, et l’on vit la tete patriarcale du pere Meriset qui se penchait, protegeant de la main la flamme d’une chandelle. –Qui va la? dit-il d’une voix un peu inquiete. –Descendez vite! murmura Belle-Rose, on vous le dira quand vous serez plus pres. A l’accent de cette voix bien connue, M. Meriset ferma precipitamment le volet, et courut a l’escalier. Mais en meme temps que c’etait un homme tout devoue, M. Meriset etait un proprietaire tres prudent. N’etant pas bien sur de la finesse de son ouie, et voulant eviter toute surprise facheuse, il fit jouer la charniere d’un judas taille dans la porte et regarda son interlocuteur. C’etait a quoi s’occupait un troisieme personnage, dont Belle-Rose ne soupconnait pas la presence dans cette partie de la rue du Pot-de-Fer. Ce personnage n’etait autre que le laquais qu’il avait vu endormi sous un porche. Au premier coup de marteau, le dormeur secoua ses oreilles et ouvrit les yeux; au second, il se dressa pour savoir d’ou venait le bruit; au troisieme, il marcha du cote de la maison de M.

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