La deroute, dont belle-rose n’avait pas voulu se separer, etendu sur un matelas dans un coin,

–Et dire que c’est ce bon vieux qui a recu le coup tandis que ce site j’etais la! murmurait-il a voix basse. Faut-il que je sois maladroit! Et l’honnete la Deroute se donnait au diable de n’etre pas transperce de part en part. En ce moment un pan de la toile se souleva et donna passage a M. de Luxembourg. Le duc s’approcha du lit ou gisait le vieux fauconnier et lui tendit la main. –Me reconnaissez-vous, Guillaume? lui dit-il. Guillaume le regarda un instant, et l’on vit un doux sourire briller dans ses yeux. –Vous m’avez secouru dans des temps de malheur, reprit le duc, je m’en suis souvenu. Belle-Rose sera comme un fils pour moi. Je ne lui epargnerai pas les dangers, et si Dieu nous prete vie a tous deux, il arrivera plus loin qu’il n’a jamais reve.

Le fauconnier porta la main du gentilhomme a ses levres.

En se retirant, le duc pressa fortement la main de Belle-Rose. –Soyez ferme, lui dit-il, il vous reste un pere. L’aumonier du bataillon arriva dans la nuit et recita la priere des agonisants. Tout le monde se mit a genoux, et Guillaume, les mains jointes, remit son ame a celui qui aime et pardonne. Le surlendemain, vers midi, un soldat se presenta a la tente de Belle-Rose. C’etait un page a la tournure leste, au regard vif, au sourire espiegle et determine. Malgre ses habits d’homme, il ne fallut qu’un regard a Belle-Rose pour reconnaitre Camille, la suivante de Mme de Chateaufort. –Ma maitresse vous fait prevenir, dit la cameriste, qu’elle vous attendra ce soir, s’il vous est possible de lui donner une heure. –Je suis a ses ordres, repondit Belle-Rose. –S’il en est ainsi, tenez-vous pret ce soir au coucher du soleil. –Je serai pret.

Ou faut-il me rendre? –Entre Marchienne et Landely, a deux lieues d’ici a peu pres. Mais ne vous mettez point en peine, c’est moi qui vous servirai de guide. –A ce soir donc. Camille pirouetta sur ses talons et s’eloigna. Tandis que ces choses se passaient au camp, M. de Villebrais, plus ardent encore a la vengeance depuis sa derniere rencontre avec le duc de Castel-Rodrigo, avait disperse ses hommes et quelques autres que l’appat du gain avait attaches a sa fortune, autour des lignes francaises, en leur recommandant la plus stricte surveillance. Lui-meme, sous les habits d’un maraicher, s’etait aventure jusqu’aux avant-postes; il allait et venait a toute heure par les sentiers, infatigable et silencieux comme le loup qui rode en cherchant une proie. Vers cinq heures, comme il etait en observation sur un monticule, d’ou l’on voyait le cote du camp qu’habitaient le duc de Chateaufort et sa suite, il apercut Mme de Chateaufort a cheval, suivie d’un seul laquais, qui se dirigeait vers les barrieres.

M. de Villebrais attendit qu’elle fut arrivee a quelques centaines de pas du camp, et sautant alors sur un cheval qui etait toujours a portee de sa main, il fit signe a l’un des hommes de le suivre et se lanca a la poursuite de la duchesse, en ayant soin de mettre la riviere entre eux pour qu’elle ne prit pas garde a lui.

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