La, dans la plaine marecageuse, a cinq cents pas de la mer, au bord du golfe,

C’etait une cabane en planches de pin. Cette cabane, les gendarmes la connaissaient. . . Et ils galopaient. Les buveurs rentrerent dans la grande salle de l’auberge: on pourrait veiller un peu tard, c’etait un samedi. Pas besoin de se lever de bonne heure le lendemain, le ici dimanche n’etant pas pour les chiens, mais pour les chretiens. Or, qu’etaient devenus les deux braconniers? Apres avoir galope « une lieue de chemin », Maurin et Pastoure, moderant leur allure peu a peu, s’etaient mis au pas, puis s’etaient arretes: –M’est avis, avait dit Maurin, qu’il faut maintenant qu’on nous croie bien loin, retourner en arriere. –Retournons! avait replique le laconique et docile Pastoure. –Et sais-tu pourquoi nous retournons? avait dit Maurin. –Pas encore, mais si tu me l’expliques tout de suite, je le saurai aussitot, avait replique le gigantesque Parlo-Soulet. Ayant tourne bride, Maurin avait dit a son compagnon qui imitait tous ses mouvements: –Quand nous serons revenus pas tres loin de l’auberge, nous descendrons de cheval. Nous chasserons les deux betes avec un bon coup de pied au derriere. Ces chevaux de gendarmes sont des animaux tres bien apprivoises, ils retourneront d’eux-memes a l’auberge; ils sauront retrouver leurs maitres. Alors, pour sur, les deux militaires monteront dessus et nous iront chercher a Cogolin ou a Sainte-Maxime. Pendant ce temps nous gagnerons au large, a travers bois. –Maurin, avait repondu Pastoure, tu as vraiment un genie bien agreable.

Faisons comme tu dis. Et ils avaient fait ainsi. Cingles d’un grand coup de ceinture de cuir, les chevaux avaient detale dans la direction de l’auberge.

La-dessus Maurin avait dit: –Bonne nuit, Parlo-Soulet, tirons chacun de notre cote a travers bois, bonsoir! Ils s’etaient separes. La nuit etait profonde, ils entrerent dans les broussailles et gravirent les premieres pentes de la colline. La route, au-dessous d’eux, disparaissait, pale un peu dans le noir. A peine s’etaient-ils quittes que Parlo-Soulet, dans le sentier rocailleux et sonore, s’assit sur une roche. Inclinant la tete, il preta l’oreille: –Tiens! fit-il a voix haute. Le bougre deja ne s’entend plus. Avec ses espadrilles, il s’est fait le pas d’un renard! On n’entendait en effet que le balancement des branches vibrantes, agitant leurs myriades d’aiguilles traversees par le vent; puis le galop de deux chevaux passa en ouragan sur la route, a vingt pas de Pastoure; c’etaient les deux gendarmes qui, trompes par l’habile manoeuvre des braconniers, filaient vers Cogolin ou ils se croyaient surs de les retrouver!. . . ils passerent, et la route tremblait sous leur galop dont l’echo des collines repetait le bruit de tonnerre de plus en plus eloigne. . .

puis ce fut, de nouveau, le grand silence. Alors Parlo-Soulet parla.

Il parla d’une voix nette, claire, comme il eut fait pour etre entendu d’un camarade un peu sourd: –Noum de pas Diou!. . . fit-il, en voila une, d’histoire! Elle est drole, celle-la! Elle vaut les autres histoires du meme Maurin! Je l’aime bien, cet animal, mais ce n’est pas pour dire, il me fera, quelque jour, finir en galeres! Cette expression de _noum de pas Diou_ est le juron des Provencaux qui ne veulent jurer que pour rire.

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