La branche tres longue et tres flexible s’inclina avec vitesse d’abord sous le poids de l’homme,

Grondard et le gendarme se pencherent vivement au bord du rocher; ils ne virent plus rien. Au-dessous du rocher en surplomb s’ouvrait un creux naturel, assez profond. Maurin s’y etait precipite, et Grondard et Alessandri entendirent alors distinctement sa voix: –Gendarme, disait Maurin invisible, gendarme, ecoutez-moi bien. Je vais sortir de ma cachette si vous le voulez, et nous nous expliquerons, mais je me mefie de votre sang corse.

Le sang corse est prompt comme le diable et j’ai voulu, Alessandri, vous donner le temps de remettre votre revolver dans son etui. Faites comprendre a cette brute de Grondard qu’on ne tue pas un homme comme un perdreau et que vous seriez punissables tous les deux de tirer sur moi, car enfin, il n’y a pas de raison suffisante pour ca, Alessandri!.

. . Vous etes, au fond, un brave homme, un bon serviteur de la loi, et, tenez, j’ai confiance en vous. Nous allons parler mieux a l’aise, en nous regardant, vous, la-haut, moi, ici, en bas, bien entendu. Et, sans attendre de reponse, Maurin, hardi, se montra. Cette action imposa au gendarme. Le chasseur avait bien juge Alessandri.

Le gendarme, quelle que fut la violence de ses passions, gardait toujours au plus haut degre le sentiment de ses devoirs et le respect du droit. Au moment ou Maurin se montra, Grondard irrite fit un mouvement, mais Sandri posa sa large main sur le bras du charbonnier.

Le geant noir recula. La gendarmerie l’intimidait, et pour plus d’une cause. –Parle, Maurin! fit Alessandri.

–Voici, dit Maurin.

Tu sais de quoi Grondard m’accuse? Il se trompe.

Alessandri l’interrompit tout de suite: –Tu connais le meurtrier? –Non. –Il est trop tard pour le nier.

Tu as avoue tout a l’heure que tu le connais. Je t’ai entendu. –Tu m’as entendu, dit froidement Maurin, me quereller avec celui-ci. Voila tout. Du doigt, il designait le charbonnier. –Dans la colere, poursuivit-il, on ne sait plus ce qu’on se dit. On lance a son ennemi les plus folles paroles que l’on peut trouver. J’ai dit ca en effet. . .

Je ne dis pas que je ne l’ai pas dit.

. . c’est que, a ce moment, Celestin, si j’avais pu te faire croire que c’est moi qui ai tue ton pere. . . –Vous l’entendez! cria Grondard. –Si, repeta Maurin, si j’avais pu te faire croire que c’est moi qui ai tue ton pere, je te l’aurais fait croire, mais ce n’est pas moi! Et Maurin se mit a rire tranquillement. Il reprit: –Pourquoi aurais-je tue la Besti? Le service de la gendarmerie est trop bien fait dans nos montagnes des Maures pour que j’aie besoin de m’en meler. . . Donc, je n’ai pas fait la chose honorable dont on m’accuse. « .

. . Tout le pays me connait et l’on m’aime un peu, que je crois. Les prefets et les deputes sont mes amis, et quand ils veulent assister a une battue au sanglier un peu propre, ils s’adressent a moi et ils y trouvent leur plaisir. Vingt villes et bourgades du departement suivent drive-master.com mes conseils au temps des elections.

Ce n’est pas une petite affaire, crois-le, gendarme, que de se tromper a mon prejudice.

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