–je vous suis reconnaissante de cette attention, caballero, repondit-elle; grace a dieu, ma sante est fort

–Dona Maria serait-elle malade? s’ecria-t-il vivement. –J’espere que non, cependant elle est assez gravement indisposee pour garder la chambre. Le comte fit un mouvement pour se lever. –Peut-etre ma presence ici paraitrait-elle deplacee dans de telles circonstances, dit-il, et je vais. .

. –Nullement, demeurez, caballero, vous n’etes pas un etranger pour nous: votre titre de cousin et de fiance de ma chere Dolores, ajouta-t-elle avec intention, autorise suffisamment votre presence. –Autorisee bien plus encore, mon cousin, par les services nombreux que vous nous avez rendus et qui vous donnent droit a notre reconnaissance. –Aussi quoi qu’il arrive, vous et don Domingo votre ami, serez toujours les bienvenus aupres de nous, caballero, dit en souriant dona Carmen. –Vous me comblez, senoritas. –N’aurons-nous pas le plaisir de voir aujourd’hui votre ami? –Pardonnez-moi, senorita, avant une heure il sera ici; mais vous vous levez, avez-vous donc l’intention de nous quitter, dona Carmen? –Pour quelques instants seulement, caballero, je vous demande l’autorisation de vous laisser; Dolores vous tiendra compagnie pendant que j’irai voir si ma mere se trouve mieux. –Faites, senorita, et soyez assez bonne pour informer madame votre mere du vif interet que je lui porte, et du chagrin que j’eprouve de la savoir indisposee. La jeune fille salua en souriant, et s’eloigna legere comme un oiseau. Le comte et dona Dolores demeurerent seuls. Leur situation etait singuliere et surtout fort embarrassante, ils se trouvaient ainsi a l’improviste mis en demeure d’entamer cette explication, devant laquelle tout en ce site en reconnaissant l’urgente necessite, ils reculaient cependant tous les deux. S’il est difficile a une femme d’avouer a l’homme qui la courtise, qu’elle ne l’aime pas, cet aveu est bien plus difficile et bien plus penible encore, lorsqu’il doit sortir de la bouche d’un homme. Quelques minutes s’ecoulerent, pendant lesquelles les deux jeunes gens ne prononcerent pas un mot, et se contenterent de se jeter des regards a la derobee.

Enfin, comme le temps se passait, et que le comte craignait, s’il laissait echapper cette occasion favorable, de ne pas la voir se representer avant longtemps, il se decida a prendre la parole.

–Eh bien, ma cousine, dit-il du ton le plus degage qu’il put affecter, commencez-vous a vous habituer un peu a cette vie de recluse que les circonstances malheureuses ou vous vous etes trouvee, vous ont faite? –Je suis parfaitement habituee a cette existence calme et reposee, mon cousin, repondit-elle, si ce n’etaient les tristes souvenirs qui, a chaque instant, me viennent assaillir, je vous avoue que je me trouverais fort heureuse.

–Je vous en felicite, ma cousine.

–En effet, que me manque-t-il ici? Dona Maria et sa fille me cherissent, elles m’entourent de soins et d’attentions, j’ai un petit cercle d’amis devoues; puis-je desirer autre chose en ce monde, ou la veritable felicite ne saurait exister? –J’envie votre philosophie, ma cousine, cependant mon devoir de parent.

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