Je te lui ai mis dans les pattes une jolie petite ficelle rouge et il est

–_Rebus?_ Encore un citoyen que je connais pas, repliqua Maurin. Il n’est pas d’ici? –Quelle ficelle avez-vous mis dans les pattes de notre sanglier couronne? Inimitable en sa drolerie, convaincu et gouailleur, Maurin prononca: –Je te vous l’ai decore! M.

Cabissol se demanda si Maurin perdait la tete. La folie des grandeurs l’avait-elle mordu? Prenait-il au serieux son titre de roi des Maures? –Il n’y a rien a dire la contre, poursuivit Maurin; ce blanc a ete roi voir la page des negres.

Et, decores, tous les rois le sont. –Le diable m’emporte si je vous comprends.

Quelle farce lui avez-vous jouee? –Aucune, dit Maurin; mais j’ai pense qu’etre depute ca ne serait pour lui qu’une maniere de se faire honneur.

. . et que _preutretre_, alors, il aimerait mieux la croix–qui lui donnerait moins de travail. Et,–acheva-t-il simplement,–je la lui ai promise. –Parbleu! dit Cabissol en riant a gorge deployee, si cela ne dependait que de moi, il l’aurait, ne fut-ce que pour que, en qualite de roi des Maures, vous ayez decore quelqu’un, Maurin! Nous en parlerons au prefet, mais je crains bien que votre recommandation ne suffise pas. –Vous croyez? dit Maurin. Quand est-ce que ca se donne, les croix? Il y a une saison, on m’a conte, ou ca pousse comme la sorbe au sorbier. –Mais, confirma Cabissol, nous voici en janvier. Les journaux annoncent les promotions pour cette fin de mois. C’est juste le temps de cette recolte. –Voulez-vous, demanda Maurin, me faire un mot de _billette_ pour une dame? –A vos ordres. Et pour qui, maitre Maurin? Et que faut-il dire? Dictez. M. Cabissol appela l’aubergiste Blanc, qui, sur sa demande, apporta plume et encre, et Maurin dicta le sens d’une _billette_ dont M. Cabissol redigea les phrases a son idee. La lettre suivante fut le resultat de cette collaboration: _A madame ***. . . en son hotel, Champs-elysees.

Nº. . . a Paris. _ « Madame, « Dans la tres haute situation que vous occupez aujourd’hui, peut-etre voudrez-vous bien vous rappeler avec indulgence un petit pecheur de Provence pour qui vous avez eu des bontes lorsque, il y a deja bien longtemps, il vous servait de modele sur les plages de Saint-Tropez, et qui vous demande aujourd’hui, tres humblement, une grace; non pas pour lui, mais pour un de ses compatriotes que M. le prefet, je le sais, recommandera de son cote au gouvernement.

. . Je n’ose pas esperer que vous vous souviendrez de moi, mais je ne veux pas croire que vous ayez oublie le mousse de Saint-Tropez dont vous avez fait le portrait lorsqu’il avait seize ans et que vous habitiez la _villa des Mussugues_. « Lui, il n’a pas oublie. . . Il est aujourd’hui un tres humble mais tres devoue serviteur de la Republique. « La faveur qu’il vous demande servira notre cause, comme d’autres l’expliqueront a M. votre mari, mais j’ai pense que peut-etre la voix du petit pecheur de Saint-Tropez aurait, par votre intermediaire, quelque influence sur cette affaire, et j’ai spontanement demande a un ami avocat de tenir la plume a ma place.

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