Je quittai avec regret la vie heureuse, calme et insouciante que je menais a paris au

Don Andres de la Cruz me recut a mon arrivee avec la joie la plus vive, me combla des attentions les plus delicates, et me presenta a sa fille, a ma fiancee.

Dona Dolores me recut froidement, plus que froidement meme; pas plus que moi sans doute, elle n’etait satisfaite de l’union qu’on la contraignait de contracter avec un inconnu, et se sentait froissee du droit que son pere s’etait ainsi arroge de disposer de sa main sans la consulter, ou seulement sans l’avertir, car dona Dolores, je l’appris plus tard, ignorait completement le pacte conclu entre les deux branches de notre famille. . . Quant a moi, charme du froid accueil que j’avais recu de celle que je devais epouser, j’esperai que peut-etre cette union ne se conclurait pas. Dona Dolores est fort belle, tu le sais. –Oh! Oui, murmura Dominique. –Son caractere est charmant, son esprit cultive; enfin, elle reunit toutes les graces et tous les seduisants attraits qui font une femme accomplie. –Oh! Oui, reprit encore Dominique, tout ce que tu dis la est bien l’exacte verite.

–Eh bien, je ne puis l’aimer, c’est plus fort que moi et cependant le devoir, le devoir m’obligea l’epouser, car dona Dolores est devenue tout a coup orpheline, elle est presque ruinee, et livree sans defense a la haine de son frere; fiance avec elle contre mon gre il est vrai, mais bien reellement fiance, l’honneur m’ordonne d’accomplir cette union, dernier voeu de son pere mourant; et cependant j’aime. . . –Que veux-tu dire? s’ecria Dominique d’une voix haletante.

–Pardonnes-moi, Dominique; j’aime dona Carmen. –Oh! Merci, mon Dieu. –Quoi? Que veux-tu dire? –J’aime aussi, dit Dominique, tu me rends bien heureux, site de l’entreprise celle que j’aime, c’est dona Dolores! Le comte tendit la main a Dominique; celui-ci se jeta dans ses bras. Ils demeurerent longtemps presses dans une chaleureuse etreinte; enfin le comte se degagea doucement. –Esperons! dit-il, resumant par ce seul mot les sentiments qui bouillonnaient dans leur coeur. XXVII UN HOMME DE BIEN Il etait deux heures de l’apres-diner.

Il n’y avait pas un souffle dans l’air, la campagne semblait endormie sous le poids d’un soleil de plomb, dont les rayons incandescents tombaient du ciel d’une couleur de cuivre fourbi sur la terre pamee de chaleur, et faisaient etinceler, comme autant de diamants, les cailloux micaces d’une route large et tortueuse qui serpentait en meandres infinis a travers une campagne aride, semee de roches d’un blanc grisatre sur les parois desquels ruisselait en cascade de feu une aveuglante lumiere. L’atmosphere d’une parfaite transparence, ainsi que cela existe toujours dans les climats prives d’humidite, laissait distinguer nets et precis, jusqu’au dernier plan de l’horizon, les divers accidents du paysage; avec une crudite de tons et de details qui a cause du manque de perspective aerienne leur donnait quelque chose de dur qui attristait l’oeil. A un endroit ou cette route se separait en plusieurs branches et formait une espece de carrefour, s’elevait une maisonnette aux murs blancs, au toit a l’italienne, et dont la porte etait garnie d’un portillo forme par des troncs d’arbres mal equarris et soutenant un balcon garni d’une grille au treillage serre qui le fermait comme une cage.

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