Je ne me montrerai a lui que le jour ou il le faudra absolument

Il ne me fait guere honneur, Cesariot.

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. Ah! oui, il m’embete, ce « marrias »! On est tres mal content de lui a Saint-Tropez ou il est avec un brave patron pecheur. S’il continue a ne pas etre comme il devrait, il faudra bien que je lui fasse faire ma connaissance. Il se plaint de sa condition.

Il dit que n’ayant ni pere ni mere, il ne doit rien a la societe. . . Il tourne au mechant bougre, sous pretexte qu’il n’a pas de pere! Je crois qu’il va etre temps que je m’en mele et que je lui en donne un, moi, de pere, et un solide! –Mon opinion est que vous ferez bien, dit M. Cabissol. Mais, adieu. Je vais rejoindre M. le prefet.

Je crois que vous etes invite avec nous ce soir. –Ah! dit Maurin sans surprise aucune. Ils se quitterent. Le gros des chasseurs rentra dans la ville en _bravadant_, c’est-a-dire en poussant des cris de victoire, en tirant coups de fusil sur coups de fusil, en faisant tout le tintamarre possible. On se rendit dans la grande salle d’un cafe ou la majorite decida que le lendemain, quand on se partagerait le sanglier, les hures seraient offertes au prefet et a l’un des senateurs.

Mais Maurin protesta, et d’une voix de stentor: –La hure aux dames! cria-t-il. Mme Labarterie lui plaisait, et dans son coeur c’est a elle qu’il pensait.

Tout le monde obeit au desir de Maurin, et la troupe se disloqua.

Enfin, chacun rentra chez soi. Maurin et Pastoure comptaient diner dans un cabaret borgne de leur connaissance, quand un domestique de l’hotel les rejoignit.

M. le prefet invitait Maurin a venir diner avec lui. Maurin se gratta la tete. –ca n’est pas clair, dit-il a Pastoure, je vais voir.

Tu m’attendras a la porte. Ils y allerent. A l’hotel, le prefet recut Maurin dans un salon qui lui etait reserve. –A la bonne heure, Maurin! s’ecria-t-il en l’apercevant. Voila qui est gentil. –Oh! doucement, monsieur le prefet.

Je vais vous dire, fit Maurin. Vous me faites bien de l’honneur, mais que je dine avec vous, ca n’est pas sur du tout. .

. –Ah! et pour quelle voir la page raison, Maurin? –Il y en a, des raisons, plusieurs, et des bonnes. –La premiere? –C’est que je dinerais mal, repliqua Maurin gravement. –Allons donc! dit M. Desorty un peu surpris tout de meme, malgre sa bonne volonte et son scepticisme de fond. Il ajouta: –Eh bien! vous dinerez mal. . . comme moi. –C’est justement ce qui vous trompe, dit Maurin. Vous dinerez bien, vous autres, et je dinerai mal, moi. –Comment l’entendez-vous? –Monsieur le prefet, je suis un gros ignorant et, des fois, ca ne m’empeche pas de parler a un ministre pour me faire etablir mes droits. . . –Je le sais, dit le prefet, et c’est ce qui me plait en vous. –Ah! vous savez? ca me fait plaisir; je peux dire aussi que sur la chose de la chasse, je ne crains personne, comme vous avez pu voir aujourd’hui, et je commanderais volontiers a des empereurs.

–Je l’ai vu, dit le prefet, et j’en suis charme. –Bon, dit Maurin. Et quand nous dejeunerions dans les bois entre moi, douze ministres, six empereurs et un prefet, la encore je ne craindrais personne! mais des que vous me mettez assis a une table qui a une nappe, au milieu d’un salon bien eclaire, avec des domestiques derriere moi, je deviens coion comme la lune.

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