–je ne desespere pas; loin de la, je suis au contraire resolu a me faire tuer

–Que voulez-vous faire a cela, general? repondit railleusement l’aventurier. Qui sait? Peut-etre l’Espagnol dont vous pariez n’a-t-il eleve cet Indien que dans le but d’accomplir une vengeance et dans la prevision de ce qui se passe aujourd’hui? –Tout porterait a te croire, sur mon ame. Jamais homme n’a suivi avec une patience plus feline les plus tenebreux projets et n’a accompli plus d’odieuses actions avec un cynisme plus effronte. –N’est-ce pas le chef des _Puros_? dit en riant l’aventurier.

–Maudit soit cet homme! s’ecria le general dans un mouvement de genereuse indignation dont il ne fut pas maitre; il veut la ruine de notre malheureux pays. –Pourquoi ne pas vouloir suivre mon conseil? Le general haussa les epaules avec impatience. –Eh! Mon Dieu, dit-il, parce que le plan que vous m’avez soumis, est impraticable. –Ce motif est-il bien reellement le seul qui vous empeche de l’adopter? demanda-t-il finement. –Et puis, reprit le general avec un leger embarras, puisque vous m’y contraignez, parce que je le trouve indigne de moi. –Oh! General, permettez-moi de vous faire observer que vous ne m’avez pas compris. –Allons donc, vous plaisantez, mon ami, je vous ai si bien compris au contraire que si vous y tenez je vous repeterai mot pour mot le plan que vous avez concu, et, ajouta-t-il en riant, que par amour-propre d’auteur, vous tenez tant a me voir mettre a execution. –Ah! fit l’aventurier d’un air de doute. –Eh bien, ce plan, le voici; sortir, de la ville a l’improviste, ne pas prendre d’artillerie avec moi, afin de marcher plus vite; a travers des chemins perdus, surprendre l’ennemi, l’attaquer.

–Et le battre, ajouta l’aventurier avec intention. –Oh! Le battre.

. . fit-il avec doute. –C’est immanquable; remarquez donc, general, que vos ennemis vous supposent avec raison enferme dans la ville, occupe a vous y fortifier dans la prevision du siege dont ils vous menacent; que, depuis la defaite du general MArquez, ils savent qu’aucun de vos partisans ne tient la campagne, que, par consequent, ils n’ont pas d’attaque a redouter et qu’ils marchent avec la securite la plus entiere. –C’est vrai, murmura le general.

–Aussi, rien ne sera-t-il plus facile que de les mettre en deroute; la guerre de partisan est la seule non seulement que vous puissiez faire aujourd’hui, mais qui vous offre des chances de succes a peu pres certaines; en harcelant sans cesse vos ennemis, en les battant en detail, vous avez l’espoir de ressaisir la fortune qui vous abandonne et de vous delivrer de votre odieux competiteur. Ayez seulement le dessus dans trois ou quatre rencontres avec ses troupes, et vos partisans qui site de l’entreprise vous abandonnent parce qu’ils vous croient perdu vous reviendront en foule, et cette formidable armee de JuArez fondra comme la neige au soleil.

–Oui, oui, je comprends ce qu’il y a de hardi dans ce plan.

–D’ailleurs, il vous offre une chance supreme. –Laquelle? –Celle, si vous etes vaincu, d’anoblir votre chute en tombant les armes a la main sur un champ de bataille au lieu de vous laisser enfumer comme un renard dans un terrier par un ennemi que vous meprisez, et de vous voir dans quelques jours contraint d’accepter une capitulation honteuse, afin d’eviter a la capitale de la republique, les horreurs d’un siege.

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