Je me battrai avec ce manant, et ce sera votre tour apres

–Volontiers, s’il est necessaire. M.

de Villebrais tatait deja le terrain du pied, lorsque l’etranger reprit: –Puisque vous vous rendez a mes observations avec une si louable complaisance, permettez-moi, monsieur, de vous en adresser une nouvelle.

Ce n’est point ici un lieu commode pour se battre.

On court le risque d’etre derange, ce qui est toujours facheux. J’avise la-bas un petit bouquet d’arbres ou l’on serait merveilleusement. paris

Vous plairait-il d’y aller? L’endroit est frais. –Allons! repliqua M. de Villebrais. Les trois jeunes gens passerent sous le bosquet, et les deux adversaires croiserent le fer sur-le-champ. M. de Villebrais se battait en homme qui veut tuer et ne negligeait aucune des ressources de l’escrime. Mais il avait affaire a un homme aussi determine que lui et plus habile. A la troisieme passe, l’epee de M. de Villebrais sauta sur l’herbe. Belle-Rose rompit. –Dites-moi, monsieur, que vous regrettez tout ceci, et je n’y penserai plus, s’ecria-t-il. M. de Villebrais avait deja ramasse son epee; sans repondre, il retomba en garde. Belle-Rose avait recouvre assez de sang-froid pour se souvenir que l’homme qu’il avait en face etait son officier. Il aurait donc bien voulu se borner a parer, mais M. de Villebrais le poussait si rudement qu’il dut se resoudre a rendre coup pour coup. Le froissement du fer l’anima, et une botte qui vint l’egratigner acheva de lui faire perdre tout menagement. Deux minutes apres, son epee s’enfoncait dans la poitrine de M. de Villebrais; M. de Villebrais voulut riposter, mais le fer s’echappa de ses mains, un flot de sang monta a ses levres, et il tomba sur les genoux. L’etranger le souleva et l’appuya contre un arbre. –Il se peut qu’il n’en revienne pas, monsieur, dit-il a Belle-Rose; commencez par deguerpir, on arrangera l’affaire apres. –Cet homme est mon lieutenant! repondit Belle-Rose, son epee rouge a la main.

–Ah diable! fit l’inconnu; il y va pour vous de la fusillade. Partez donc plus vite! –Et ma soeur? –J’en reponds. –Vous me le jurez? –Voila ma main. Les mains des deux jeunes gens se rencontrerent dans une etreinte fraternelle. –Partez, reprit l’etranger, et comptez sur moi. –Vous avez secouru ma soeur, monsieur; votre nom, je vous prie, afin que je sache a qui toute ma reconnaissance est due? –Je m’appelle Cornelius Hoghart, et suis du comte d’Armagh, en Irlande. –Je suis de Saint-Omer, en Artois, et mon nom est Jacques Grinedal, autrement dit Belle-Rose, sergent de sapeurs au regiment de La Ferte. –Eh bien, Belle-Rose, vous avez un ami. Les honnetes gens se devinent au regard.

Belle-Rose pressa une fois encore la main de l’Irlandais et partit.

Les ombres du soir commencaient a s’etendre sur la campagne quand il sortit du bosquet. Le souvenir du rendez-vous qui l’attendait a la porte Gaillon lui revint tout a coup a l’esprit.

Sa surete personnelle exigeait qu’il s’eloignat en toute hate avant que le bruit de son duel se fut repandu. Mais M. d’Assonville avait sa parole.

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