–j’aime, reprit l’inconnue d’une voix de plus en plus faible, j’aime follement un de vos amis,

Apres avoir vainement lutte, je me sens vaincue. Je desirerais neanmoins, a cause de mon rang dans le monde, et pour des motifs qu’il serait inutile d’expliquer, le voir en cachette et sans qu’il sache qui je suis, pour le moment du moins. Je vous ai choisie, madame la baronne, comme la seule digne de ma confiance.

–Madame, repondit la vieille proxenete d’un ton grave, je n’ai pas l’honneur de vous connaitre; mais je site de l’entreprise sens, rien qu’a vos paroles, une personne de ce monde, le grand monde qui m’est cher et auquel j’appartiens par droit de naissance. Mon devouement vous est acquis de ce moment, madame. Revenez apres-demain vers dix heures du soir. Vous trouverez de bonnes nouvelles, je l’espere, et peut-etre davantage.

Elle souligna ce dernier mot d’un sourire malin. L’inconnue, apres avoir depose trois billets de mille sur la cheminee, sortit de l’hotel Saint-Baume toute tremblante. Le lendemain, M. de Lorn trouva, en depouillant sa correspondance, la lettre suivante: « Mon cher ami, « Une femme charmante et du plus grand monde, qui vous aime en secret depuis longtemps, vous attendra demain soir, vers dix heures, chez moi. Accourez donc, Lovelace. « Votre devouee, « Baronne de SAINT-BAUME.  » –Tiens, tiens! se dit-il, un roman! On me propose un roman, a moi, un homme marie! Il est vrai que je le suis si peu! Il rit d’un rire amer.

–Tant pis! j’irai. J’ai besoin d’oublier et de me prouver encore que ce n’est pas tout a fait ma faute, si. . . Il se leva et se regarda dans la glace. –He! he! Elle n’a pas tort, la dame, j’ai encore de beaux restes. Le lendemain, Fernand fut fidele au rendez-vous. La baronne le recut mysterieusement. –La dame va venir d’un moment a l’autre, dit-elle. Me promettez-vous de ne pas chercher a la reconnaitre? Elle tient a garder l’incognito, pour le moment du moins. C’est dans l’obscurite propice que vous allez etre heureux, don Juan. . . –Ho! ho! interrompit Fernand, quelque vieille sorciere, sans doute, ayant peur du jour. –Je vous promets que non: fiez-vous a moi; laissez-vous faire. –Soit, dit Fernand en riant, va pour l’obscurite. Bientot je finirai par me croire a l’Ambigu. VI c’avait ete un grand triomphe pour Fernand.

Dans l’espace, relativement court, d’une heure, il avait accompli des prodiges de vaillance. Maintenant, un peu fatigue, sa tete amoureusement posee sur l’epaule de l’inconnue qui ne soufflait mot, il se disait: –Ah! si je pouvais etre comme ca avec ma pauvre petite femme! Et il soupirait legerement. Puis il se disait encore: –Ah! ca, serait-ce a une _demoiselle_, a une demoiselle authentique que j’eus a faire? C’est que. .

. il m’a semble. . . ah! par exemple! ca serait drole! Tout a coup, il fut trouble dans ses meditations d’une facon inattendue. . . Il se sentit mordu si cruellement que le sang coula.

Il sauta du lit en poussant un cri de douleur, stupefait, ahuri. L’inconnue se leva a son tour, et apres lui avoir applique une vigoureuse paire de gifles, elle dit: –Allume donc la bougie, imbecile! Le son de cette voix le troubla tellement qu’il resta pendant deux secondes cloue sur place, puis il alla machinalement allumer une bougie sur la cheminee.

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