–j’ai bien le droit, disait tonia, de me montrer reconnaissante envers vous; j’en ai meme, pardi,

–Entrez donc, mademoiselle. Mais elle refusa. Et, ce qui charma Maurin, elle fit une allusion a l’histoire de l’aigle dont elle ne lui avait pas parle encore. Il n’avait, a l’epoque ou il chassait l’aigle, aucun engagement envers Tonia (en avait-il a present)? et, cependant, elle eut l’air de se plaindre de ce qu’il avait ete comme qui dirait infidele a quelque chose qui etait entre eux!. . . –Bon, elle est jalouse! pensa Maurin qui s’y connaissait. Il comprit que l’amour la prenait, la pauvre, un peu davantage chaque jour.

Quand il lui nomma Sandri par deux fois, elle eut un petit haussement d’epaules, et alors il affecta de ne pas parler en mal du gendarme. Il s’attacha a paraitre indifferent a ce sujet; elle en fut piquee comme il y comptait bien. Et quand elle le quitta, elle se sentit toute songeuse, plus impatientee que jamais contre Sandri. Et tout a coup, rentrant dans la cantine: –Tenez, Maurin, dit-elle, ce qui est mal de votre part, je dois vous le dire, c’est l’affaire du cabanon ou Sandri vous a trouve avec la Margaride! –Oh! moi, dit Maurin, j’etais libre de me trouver avec qui bon me semblait. Mais Sandri, lui, c’est different. Il est votre fiance. Et j’ai voulu le punir. –Dites tout de suite que voir la page c’est pour me rendre service que vous avez recherche cette belle fille, car elle est belle, dit Tonia irritee.

Vous vouliez sauver votre amie mise Secourgeon, voila tout! –Chut! dit Maurin en riant. –Ah! vous etes, dit Tonia, un fameux bandit! Elle partit sur ce mot qui etait, de toute evidence, le plus haut terme de l’admiration sur ses levres de Corsoise. Quand le ruse don Juan de la foret eut compris que la belle Tonia etait en colere contre lui, il s’en alla, profondement persuade qu’il en aurait tot ou tard la joie, et que sur le terrain d’amour il infligerait a Alessandri la supreme defaite. Il avait fait a peine cinq cents pas sur la route qu’il apercut, se baignant en pleine poussiere, avec de joyeux fremissements d’ailes, une compagnie de perdreaux.

Hercule pointa, esquissant un arret sans fermete. –Ce sont les perdreaux de Saulnier, pensa Maurin. Quelque jour il se les fera tuer! Ah! le voici lui-meme avec sa belette et son renard. Masque de ses larges oeilleres, Saulnier tapait a tour de bras sur un tas de cailloux; il etait assis a terre et il frappait, frappait.

Sa belette dormait entre les pattes de son renard. –De loin, lui dit Maurin, on voit tes perdreaux avant de te voir; on te les tuera. –Non, dit Saulnier, mon renard les garde.

Quand un etranger approche il s’inquiete et grogne. J’ai compris, a sa figure, que celui qui s’avancait etait un ami et les amis reconnaissent mes perdreaux. Et puis, ils savent qu’en ce moment c’est ici mon quartier de travail. J’esperais bien te voir, Maurin. –Et de neuf, qu’y a-t-il? –Il y a de neuf que j’ai vu passer par ici Cesariot. Cesariot etait le fils aine de Maurin, celui dont il ne parlait guere, et pour cause.

–Ah! tu as vu Cesariot? –Oui.

Il revenait de Toulon.

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