Ils se rapprocherent alors des autres personnes qui, voyant leur entretien termine, avaient aussitot cesse le

–Messieurs, dit Bras-Rouge, je vous remercie sincerement d’avoir daigne assister a la revelation que ma conscience m’ordonnait de faire, maintenant je me sens plus tranquille; quelques instants bien courts me separent de la mort. Serait-ce trop vous demander que de vous prier de me laisser passer ces quelques instants aupres de mes deux compagnons qui, condamnes comme moi, doivent eux aussi mourir aujourd’hui. –C’est une supreme consolation, dit l’aumonier. Le directeur de la prison reflechit une minute. –Je ne vois aucun inconvenient a vous accorder cette demande, dit-il enfin; je vais donner les ordres necessaires pour que vos compagnons soient amenes ici, vous demeurerez ensemble jusqu’au moment de l’execution.

–Merci, monsieur, s’ecria Bras-Rouge avec effusion, cette grace, la seule que vous me puissiez accorder, est pour moi d’un grand prix; soyez beni pour tant de bonte! Sur l’ordre du directeur de la prison, la sentinelle appela le geolier qui accourut et ouvrit le cachot. –Adieu, messieurs, dit le condamne, Dieu soit avec vous! Ils sortirent. Le comte, apres avoir pris conge de l’aumonier et des deux autres personnes, quitta la prison, traversa la place encombree d’une foule immense et se hata de rentrer chez lui. En ce moment, six heures sonnerent: c’etait l’heure designee pour l’execution. Tout a coup, comme par enchantement, un silence de mort regna dans cette foule, un instant auparavant si bruyante et si agitee. Sa vengeance allait enfin etre satisfaite. XXV LE VENGEUR Aussitot arrive chez lui, le comte donna ses ordres pour le depart; il avait completement oublie l’affaire pour laquelle il etait venu a Bruneck; d’ailleurs, quand bien meme il en eut ete autrement cette affaire si importante qu’elle eut ete pour lui ne l’eut pas retenu; tant etait grande la hate qu’il avait de s’eloigner. Cependant force lui fut de demeurer pendant quelques heures encore ici dans la ville; il etait impossible d’avoir des chevaux avant trois heures de l’apres-diner. Il profita de ce contre-temps pour prendre un peu de repos.

En effet, il etait accable de fatigues. Il tomba bientot dans un sommeil si profond, qu’il n’entendit meme pas les cris et les vociferations furieuses de la foule rassemblee sur la place, en voyant que, au lieu de trois criminels, que depuis si longtemps elle attendait pour se repaitre de leur supplice et savourer avec delice une vengeance si desiree, on ne lui livrait que trois cadavres. Au moment ou ils etaient entres dans le cachot des condamnes pour les conduire au supplice, le geolier et les hommes de justice n’avaient plus trouve que des cadavres: les condamnes etaient morts. Lorsque le comte se reveilla, tout etait fini, les boutiques s’etaient rouvertes, la ville avait repris son aspect accoutume.

Le comte s’informa de sa voiture; elle etait attelee et attendait a la porte de la maison. Les derniers apprets furent bien vite termines; le comte descendit. –Ou allons-nous, Excellence? demanda le postillon, la main au chapeau.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *