Ils avaient avale l’appat, la ficelle avait suivi vivement, et la cocarde etait venue, a droite

« Et « coin! coin! coin! » les canards dans tout Sollies allaient de-ci et de-la, comme des fous, ne pouvant ni avaler ni detruire la cocarde, et proclamant malgre eux la Republique, a la barbe de tous ces imbeciles de royalistes qui s’attroupaient sur le pont, pendant que les canards se refugiaient dessous.  » « Voila, poursuivit Maurin, ce que me racontait mon grand-pere! et c’est une des raisons qui font que je ne tire pas volontiers sur des canards: il me semble que je tire sur des amis, vu qu’ils ont proclame la Republique a Sollies, quand il y avait du danger a le faire. C’etait bien malgre eux, j’en conviens, mais, de cette maniere, ils n’en sont que plus pareils a beaucoup d’hommes. « Je n’aime donc pas la chasse au canard. En voici pourtant une que je vous veux conter: « Un chasseur de la ville rentrait chez lui, sans perdreau ni lievre dans son sac, comme de juste, bredouille enfin.

Il avait de belles guetres, un carnier a filet, ferme par une couverture reluisante, poilue comme les malles du temps drive-master.com passe, mais il n’avait rien tue.

« Tout en un coup, comme il arrivait pres d’une ferme, il apercut, sur une petite mare, une famille de canards prives. « A quelques pas de la, assis sur un tronc d’arbre, pas bien loin de la bastide, ou personne d’autre ne se montrait ni aux portes ni aux fenetres qui etaient fermees, un paysan fumait tranquillement sa pipe. « –Brave homme! lui dit le chasseur, combien ca me couterait-il pour tuer une de ces jolies betes qui ressemblent a des canards sauvages? « –Va sai pas! je n’en sais rien, repondit l’homme en regardant a peine le chasseur et en haussant les epaules.

« –Quarante sous? ca serait-il assez paye? « –Si vous voulez! dit l’homme qui fumait sa pipe.

« –Bon! se dit le chasseur, ca n’est vraiment pas cher.  » « Il posa quarante sous sur le tronc d’arbre qui servait de banc au paysan, ajusta son canard et le tua. « –Bonjour, l’ami. « –Bonjour, bonjour! » « Le paysan empochait les quarante sous quand le chasseur, qui s’eloignait, se ravisant tout a coup, revint sur ses pas. . . « –Eh! l’homme! j’ai bien envie d’en tuer encore un, de ces beaux canards? ils ne sont pas chers. J’inviterai mes beaux-parents. . . Eh! l’homme? si j’en tuais encore un pour encore quarante sous? » « L’homme ne repondit pas.

« –Allons, laissez-moi faire. . . tenez: voila, cette fois-ci, trois francs. . .  » « Et il deposa trois francs a cote du paysan qui les prit et les mit en poche. Trois et deux font cinq. « Le chasseur tua un second canard.

Puis, tout aussitot, excite par la grande facilite de cette chasse et le bon marche du gibier: « –Je reflechis, dit-il, qu’un troisieme canard ferait bien mon affaire! je dois une politesse a un avocat qui m’a fait perdre un proces. ca ne vous ferait rien, dites-moi, brave homme, si je vous tuais encore un de vos canards? » « Le paysan qui se trouvait assez paye, tira de sa pipe une bonne bouffee et il la rejeta avec ces quatre paroles: « –Que voules qu’aco mi foute? aquelei canars soun pas miou: « Que voulez-vous que ca me fasse? ces canards.

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