–il y a donc quelque chose qui va mal d’un autre cote? fit-il

–Je ne dis pas cela, monsieur, balbutia le vaquero avec embarras. Olivier hocha la tete. –Souvenez-vous, Loick, lui dit-il severement, des conditions que je vous ai imposees, lorsque je vous accordai votre pardon. –Oh! Je ne les oublie pas, monsieur.

–Vous n’avez pas parle? –Non. –Ainsi Dominique se croit toujours.

. . –Oui, toujours, repondit il en baissant la tete, mais il ne m’aime pas. –Qui ce site vous fait supposer cela? –Je n’en suis que trop certain, monsieur, depuis que vous l’avez emmene dans les prairies, son caractere est completement change, les dix ans qu’il a passes loin de moi, l’ont rendu completement indifferent. –Peut-etre est-ce un pressentiment, murmura sourdement l’aventurier. –Oh! Ne dites pas cela, monsieur! s’ecria-t-il avec epouvante, la misere est mauvaise conseillere; j’ai ete bien coupable, mais si vous saviez combien je me suis repenti de mon crime. –Je le sais, et voila pourquoi je vous ai pardonne. Justice sera faite, un jour, du veritable coupable. –Oui, monsieur, et je tremble, moi, miserable, d’etre mele a cette sinistre histoire dont le denouement sera terrible.

–Oui, fit avec une energie concentree l’aventurier, bien terrible en effet! Et vous y assisterez, Loick. Le vaquero poussa un soupir qui n’echappa pas a son interlocuteur. –Je n’ai pas vu Dominique, dit-il, en changeant subitement de ton; est-ce qu’il dort encore? –Oh! Non, vous l’avez trop bien instruit, monsieur; il est toujours le premier leve de nous autres. –Comment se fait-il qu’il ne soit pas ici, alors? –Ah! dit avec hesitation le vaquero, il est sorti; dam, il est libre de ses actions, maintenant qu’il a vingt-deux ans! –Deja! murmura l’aventurier d’une voix sombre. Puis, secouant brusquement la tete: –Dejeunons! dit-il. Le repas commenca sous d’assez tristes auspices, mais grace aux efforts de l’aventurier, bientot la gaite premiere reparut, et la fin du dejeuner fut aussi joyeuse qu’on pouvait le souhaiter. Tout a coup Lopez entra brusquement dans le rancho. –Senor Loick, dit-il, voici votre fils; je ne sais ce qu’il amene, mais il vient a pied et conduit son cheval par la bride. Chacun se leva de table et sortit du rancho. A une portee de fusil dans la plaine, on apercevait en effet un homme conduisant un cheval par la bride; un fardeau assez volumineux etait attache sur le dos de l’animal. La distance empechait de distinguer de quelle sorte etait ce fardeau. –C’est etrange, murmura Olivier a voix basse, apres avoir pendant quelques minutes attentivement examine l’arrivant, serait-ce lui? Oh! Je veux m’en assurer sans retard. Et apres avoir fait signe a Lopez de le suivre, l’aventurier se precipita par les degres, laissant abasourdis le vaquero et les deux femmes qui l’apercurent bientot courant, suivi de Lopez, a travers la plaine, a la rencontre de Dominique. Celui-ci avait apercu les deux hommes et s’etait arrete pour les attendre. [Footnote 1: Prononcez Chelhoua. ] VIII LE BLESSe Un calme profond regnait dans la campagne; la brise nocturne s’etait eteinte.

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