Il s’y promenait a peine depuis cinq minutes, qu’il vit arriver un petit jeune homme enveloppe

Un feutre gris, ou s’effilait une plume de heron, voilait son front; le bas du visage etait cache par un pli du manteau. A la vue de Belle-Rose, le jeune page marcha rapidement vers lui, et dit tout bas: _La Castillane attend_. –Je vous suis, repondit Belle-Rose. Le page enfila une ruelle sombre, marcha quelques minutes, et siffla a l’aide d’un petit sifflet attache a son cou par une chaine d’argent. A ce signal, un carrosse arriva au carrefour ou le page s’etait arrete; il s’elanca dedans, et fit signe a Belle-Rose d’y monter apres lui. La portiere se referma sur eux, et la voiture partit. X UNE FILLE D’eVE A peine Belle-Rose se fut-il assis dans la voiture, que son guide abaissa les rideaux de soie et se jeta dans un coin. La voiture roula durant une heure ou deux. Il parut a Belle-Rose qu’elle s’eloignait de Paris et s’enfoncait dans la campagne, mais il lui fut impossible de reconnaitre par quels chemins elle passait, ni quelle direction elle suivait. Son compagnon restait immobile et silencieux dans son coin. Tout a coup la voiture s’arreta, un laquais ouvrit la portiere, et le page, sautant a terre, invita Belle-Rose a descendre. Ils se trouvaient dans un endroit solitaire tout entoure de grands arbres. La nuit etait profonde, mais on voyait au loin briller, entre le feuillage, une lumiere immobile comme une etoile. Ce page ramena les plis de son manteau autour de sa taille et s’enfonca dans un sentier. Belle-Rose le suivit. La lumiere disparaissait et reparaissait tour a tour; le vent soufflait et remplissait de bruits melancoliques la masse sombre du bois. A mesure que les deux voyageurs avancaient, le sentier se retrecissait et s’embarrassait de branchages rampant sur le sol. Cependant l’eclat de la lumiere augmentait; chaque pas les en rapprochait. Bientot, entre les troncs des ormes et des bouleaux, Belle-Rose distingua les contours indecis d’une maison, mais au meme instant il vit, comme dans un reve, passer et s’effacer, derriere des buissons de houx, deux ombres noires dont deux toises de gazon et de ronces le separaient. Un peu plus loin, les deux ombres se rapprocherent du sentier. Un craquement de branches seches cria sous la pression de pieds invisibles. Belle-Rose regarda son guide. Il semblait n’avoir rien vu et rien entendu.

La presence de cette escorte mysterieuse rappela soudain a Belle-Rose les dernieres paroles de M. d’Assonville; il passa la main sous son habit; quand il se fut assure que le poignard, pris le matin meme a tout hasard, etait toujours a sa place, il saisit le bras du guide. –Que me voulez-vous? demanda celui-ci. –Rien. –Pourquoi donc me prendre le bras? –C’est mon idee. –Et ce site s’il ne me plaisait pas de le souffrir? –J’en serais desole, mais il faudrait cependant bien que vous vous y soumissiez.

–Savez-vous bien, monsieur Belle-Rose, que si j’appelais, nous ne sommes pas si loin encore du carrosse qu’on ne put m’entendre. –Je crois meme que vous n’auriez pas besoin d’appeler bien haut pour etre entendu.

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