Il serait stupide qu’une affaire gaie aboutit a un resultat penible: songez donc! rebellion contre les

M. Desorty et M.

Cabissol ignoraient l’accusation nouvelle qui pesait sur Maurin depuis quelques heures. Le parquet n’avait eu aucune raison d’en informer la prefecture.

Et si attentif que fut M.

Cabissol aux faits et gestes de Maurin, il ignorait encore Grondard drive master et la nouvelle rancune d’Alessandri. L’accusation portee contre Maurin ne manquait pas de base. En effet la memoire de Sandri avait failli. . . –Enfin, lui avait dit le procureur du roi de la republique imperiale, a-t-il avoue devant vous? –Oui et non. –Oui ou non? –Oui, car il a dit, a ce qu’il me semble: « Si je l’avais tue c’est avec plaisir que je dirais: _C’est moi qui l’ai tue_ ». Mais Grondard assure qu’il a dit simplement: « C’est moi qui l’ai tue ». Et il a bien prononce ces paroles, je m’en souviens, mais je ne sais plus s’il a dit les premieres qui modifient le sens des secondes. –Amenez-le-moi, avait conclu le juge. M. Cabissol ignorait ce dialogue quand il dit au prefet: –Tout ce que vous desirez que je rapporte a Maurin lui sera transmis fidelement, monsieur le prefet.

–Ah! une idee! fit le prefet. Des trois bandits poursuivis par Maurin et les gens de Bormes, deux sont toujours dans vos maquis provencaux. On les a apercus, parait-il, un jour a la Garde-Freinet, puis, le surlendemain, a la Verne. Ils ne paraissent pas decides a quitter les Maures.

Toute cette region interessante s’inquiete. Pourquoi Maurin, qui connait les moindres recoins de ces montagnes, ne donne-t-il pas de nouveau la chasse a ces coquins, avec l’aide de quelques compagnons determines?. . . Cela arrangerait, peut-etre, ses affaires avec la justice. . .

Je pourrais moi-meme, en ce cas, demander pour lui une medaille, une recompense de l’etat. Parlez-lui de tout cela. –C’est entendu. . . –C’est un homme si « empoignant »! J’ai fini par l’aimer, moi. Il a l’instinct de la vraie liberte et je ne le trouve pas sans noblesse. –A ce propos, dit M. Cabissol, un mot de lui m’est revenu a la memoire, que je veux vous rapporter pour fixer encore un trait de son caractere ou de son genie. Je l’ai entendu dire un jour, avec son impayable accent et ses tournures de phrases a la provencale: –« Moi, les femmes, j’en connais de toutes, meme de celles a qui on dit des « madame » gros comme le bras. Eh be, quand on les embrasse, de la plus pauvre a la plus riche, elles sont toutes pareilles! Et meme des fois nos petites paysannes, elles valent mieux. Alors, messies, je pense qu’il n’y a entre les hommes point de difference, a moins que ce soit dans le _talent!_ » « Le mot « talent » est le mot provencal qui represente l’idee d’instruction, ou simplement d’intellectualite, ou encore d’intelligence. Ne voyez-vous pas bien que, grace a des discours pareils, tenus dans tous les cabarets du departement, l’influence du roi des Maures sur son petit champ d’action, vaste pour lui, est comparable, toutes proportions gardees, a l’action revolutionnaire de Napoleon Ier empereur? La revolution n’avait coupe qu’une tete de roi, Napoleon mit le pied sur la tete de tous les rois.

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