Il se trouva que le meme matin cesariot, muni de quelque argent que lui avaient donne

Maurin le rencontra sous le _Pin Berthaud_, pin gigantesque bien connu dans tout le golfe, mais dont la celebrite est devenue universelle, depuis que sous son ombre le roi des Maures et son dauphin de la main gauche s’y rencontrerent pour une memorable conversation. On le trouve, depuis, cite dans tous les guides. Il offre d’ailleurs, a tous les passants, une ombre veritable sous laquelle il est agreable de se reposer un instant.

Cesariot, qui ne connaissait Maurin des Maures que pour en le site avoir entendu parler comme tout le monde, cheminait d’un air preoccupe, sournois, la tete basse, l’oeil inquiet.

. .

Son idee fixe le tourmentait. Maurin l’arreta d’un mot. –C’est a toi qu’on a mis Cesariot? (Cela signifie: « C’est bien toi qu’on a baptise Cesariot? ») Il y avait dans cette tournure de phrase provencale une raillerie a l’adresse de son nom, que Cesariot releva a sa maniere: –ca vous regarde, vous? fit-il d’un ton bourru. –Il faut bien que ca me regarde, dit Maurin, sans ca, je ne te le demanderais pas, espece de petit ane! La conversation s’engageait mal. –Je n’ai pas envie de causer, dit Cesariot. Est-ce que je vous demande votre nom, moi, a vous? –Non pas, mais je vais te le dire et ca te rendra, je pense, un peu mieux parlant.

Je m’appelle Maurin.

–Maurin des Maures? s’exclama l’autre, avec un respect involontaire et mele d’une vague inquietude. –Tu l’as devine, mon garcon. Cesariot esquissa un salut: –Qu’est-ce qu’il y a pour votre service? –Je connais tes pensees, dit brusquement Maurin, entrant, sans crier gare, dans la conscience du personnage. –Eh bien, elles sont mauvaises. . . . Tu cherches ta mere! Tu crois que, des fois, elle vient dans ce pays-ci.

Tu as tort et tu te trompes. Tu lis de mauvais livres et tu aimes des boissons mauvaises. ca te gate l’esprit et l’estomac; prends-y garde. –Je vous respecte, dit Cesariot baissant son front tetu, mais tout ca, c’est mes affaires! Maurin reprit posement: –Je vais te donner un bon conseil.

–Je n’en demande pas! –Si ta mere ne t’a pas avoue, quelle qu’elle soit, celle-la, c’est surement, mon garcon, parce qu’elle n’a pas voulu, ou qu’elle n’a pas pu.

. . C’est trop clair. . .

Si elle l’avait pu, si elle le pouvait, je m’imagine qu’elle le ferait. Comprends-tu? Alors, de la rechercher malgre elle, c’est agir avec betise. . . On touchait a l’idee fixe de Cesariot. Il fit mine de se derober. –C’est agir avec betise! reprit Maurin, en le retenant par le bras, a moins que ce soit par canaillerie!. . .

Et avec une expression finaude qui plissait sa tempe: –Tu voudrais d’elle de l’argent, _preutretre_? –Et quand ca serait ca! dit Cesariot avec un mauvais regard. –Ah! le bougre! fit Maurin, d’un air plus ironique qu’irrite et d’une voix fluette et caline. Je vois, clair comme le jour, la petite canaille que toi tu es! Sa voix redevint forte et se fit severe: –Eh bien! ecoute, coquin! Tu vas rallier chez tes patrons. C’est moi, Maurin, qui t’en donne l’ordre. Et dans ton affaire, c’est moi, Maurin, qui y regarderai a partir d’a present; je m’en charge.

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