Il se rendait tout droit au chateau, lorsqu’au detour d’une haie il rencontra m

de Malzonvilliers. –Je vous cherchais, monsieur, lui dit-il en le saluant. –Moi? Et qu’as-tu a me dire, mon garcon? –J’ai a vous parler d’une affaire tres importante. –En verite? Eh bien, parle, je t’ecoute. –Monsieur, j’ai aujourd’hui dix-huit ans et quelques mois, reprit Jacques de l’air grave d’un ambassadeur; je suis un honnete garcon qui ai de bons bras et un peu d’instruction; j’aurai un jour deux ou trois mille livres d’un oncle qui est cure en Picardie; car pour le bien qui peut me revenir du cote de mon pere, je suis decide a le laisser a ma soeur Claudine. En cet etat, je viens vous demander si vous voulez bien me donner votre fille en mariage. –En mariage, a toi! Qu’est-ce que tu me dis donc? s’ecria M. de Malzonvilliers tout etourdi.

–Je dis, monsieur, que j’aime Mlle Suzanne; le parisclick.fr respect que je vous dois et mon devoir ne me permettent pas de l’en informer avant de vous avoir parle de mes sentiments. C’est pourquoi je viens vous prier de m’agreer pour votre gendre. Pendant ce discours, Jacques, le chapeau a la main, un mouchoir roule autour du cou et en sarrau de toile grise, etait debout au beau milieu du sentier. –Je n’ai pas besoin de vous dire, ajouta-t-il, que votre consentement me rendra parfaitement heureux, et que je n’aurai plus d’autre desir que de reconnaitre toutes vos bontes par ma conduite et mon devouement. Tout a coup M. de Malzonvilliers partit d’un grand eclat de rire. L’etrangete de la proposition et le sang-froid avec lequel elle etait faite l’avaient d’abord etourdi; mais au nouveau discours de Jacques, il ne put s’empecher de rire au nez du pauvre garcon. Tout le sang de Jacques lui monta au visage. Malgre les illusions dont se berce la jeunesse, son bon sens natif lui disait tout bas que sa demande ne serait point accueillie, mais sa candide honnetete ne lui permettait pas de croire qu’elle put donner matiere a plaisanter.

–Ma proposition vous a mis en gaiete, monsieur, reprit-il avec une emotion mal contenue. Je ne m’attendais pas, je l’avoue, a l’honneur de vous causer tant de joie. –Eh! mon ami, je ne m’attendais pas non plus a une telle aventure! Vit-on jamais chose pareille? C’est plus amusant qu’une comedie de M. Corneille, parole d’honneur! Jacques dechira les bords de son chapeau avec ses doigts, mais il se tut. M. de Malzonvilliers riait toujours. Enfin, n’y tenant plus, il s’assit sur un quartier de pierre au revers du sentier. –Vous aurez tout le loisir de rire apres, reprit Jacques, mais c’est a present le moment de me repondre; vous ne sauriez deviner, monsieur, ce qui se passe dans mon coeur depuis que je sais que j’aime Mlle Suzanne. J’attends.

–Ah ca! mon garcon, es-tu fou? repondit le traitant en s’essuyant les yeux. –Un fou ne vient pas honnetement demander la main d’une jeune personne a son pere. –C’est donc serieusement que tu parles? –Tres serieusement. –Tais-toi, et surtout ne me regarde pas avec cet air de berger malheureux, ou tu vas me faire rire a m’etouffer, et je te previens que ce serait abuser de ma position; je suis tres fatigue, mon ami.

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