Il s’arreta donc pour reflechir; peut-etre s’etait-il trompe, ou avait-il ete le jouet d’une illusion, et

Apres avoir ainsi plutot glisse que marche pendant une dizaine de minutes, le comte s’arreta, pour reprendre haleine d’abord, puis ensuite pour s’orienter. –Bon, murmura-t-il apres avoir jete un regard investigateur autour de lui, je ne me suis pas trompe, c’est bien la. Alors il se pencha en avant, ecarta avec precaution, les feuilles et les branches, et il regarda. Presqu’aussitot il se rejeta en arriere, en etouffant un cri de surprise. L’endroit ou il se trouvait faisait face a l’appartement de dona Dolores de la Cruz. Une fenetre de cet appartement etait ouverte, et dona Dolores, penchee sur l’appui de la fenetre, causait avec un homme qui, lui, se tenait dans le jardin, mais juste en face d’elle; une distance de deux pieds a peine separait les causeurs qui paraissaient engages dans une conversation des plus interessantes.

Il fut impossible au comte de reconnaitre quel etait l’homme dont il n’etait eloigne cependant que de quelques pas; d’abord, il lui tournait le dos, puis il etait enveloppe dans un manteau qui le deguisait completement.

–Ah! murmura le comte, je ne m’etais pas trompe! Malgre ce que cette decouverte avait de blessant pour son amour-propre, cependant ce fut avec la satisfaction interieure d’avoir devine juste que le comte prononca ces paroles: cet homme quel qu’il fut ne pouvait etre qu’un amant.

Cependant, bien que les deux causeurs parlassent doucement, ils ne baissaient pas assez la voix pour qu’a une courte distance on ne put les entendre, et tout en se reprochant l’action peu delicate qu’il commettait, le comte, excite par le depit et peut-etre a son insu par la jalousie, entr’ouvrit les branches et se pencha de nouveau en avant pour ecouter. C’etait la jeune fille qui parlait: voir la page –Mon Dieu! disait-elle avec emotion, je tremble, mon ami, lorsque je suis plusieurs jours sans vous voir, mon inquietude est extreme; je redoute toujours un malheur. –Diantre! murmura le comte, voila un gaillard qui est bien aime. Cet aparte lui fit perdre la reponse de l’homme.

La jeune fille reprit: –Suis-je donc condamnee a demeurer encore longtemps ici? –Un peu de patience, j’espere que bientot tout sera fini, repondit l’inconnu d’une voix sourde; et lui que fait-il? –Toujours il est le meme, aussi sombre et aussi mysterieux, repondit-elle. –Est-il ici ce soir? –Oui. –Toujours aussi hargneux? –Plus qu’il ne l’a jamais ete. –Et le Francais? –Ah, ah! fit le comte, voyons ce qu’on pense de moi. –C’est un charmant cavalier, murmura la jeune fille d’une voix tremblante, depuis quelques jours il semble triste. –Il s’ennuie? –Je le crains. –Pauvre enfant, dit le comte, elle s’est apercu que je m’ennuie; il est vrai que je prends peu le soin de le cacher. Ah ca mais, est-ce que je me serais trompe? Cet homme serait-il autre chose qu’un amoureux? C’est bien improbable? Cependant qui sait? ajouta-t-il avec fatuite. Pendant ce long aparte, les deux causeurs avaient continue leur conversation qui avait ete totalement perdue pour le jeune homme; lorsqu’il se reprit a ecouter elle finissait.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *