Il regardait avec stupeur le petit derriere blanc si pareil a une cible, sous la courte

–Manquer un lapin ainsi! Le manquer ainsi! Pastoure sentit sa poitrine se gonfler de rage. Il n’est pas rare qu’en pareil cas un chasseur vraiment provencal brise son arme contre un rocher. En tous cas il agite toujours a voix haute la question de la punir en la fracassant: –Je le romprai. . . quelque jour. .

. ce manche a balai!. .

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je ne sais ce qui me tient de le casser contre la roque! Telle ne fut pas cette fois l’idee de Pastoure. Son fusil n’etait pas le coupable, car il etait aussi sur de l’excellence de son arme que de sa propre adresse: –L’avoir manque si beau, si c’est Dieu possible! Non! Non! ce n’est pas possible! Cela tenait donc du sortilege! Ni le fusil, ni le chasseur n’y etaient pour rien. Une volonte superieure a toute volonte humaine avait detourne le coup. –Eri dre! J’etais droit! cria Pastoure. « O couquin de Diou! brigand de Diou! Ce blaspheme a peine lance dans l’air retentissant fut pour lui une suggestion subite. D’instinct, il venait d’accuser Dieu.

. . il reflechit et se dit tout a coup qu’il avait bien raison! Dieu seul etait le coupable, Dieu seul! Pastoure alors montra au ciel c’est-a-dire a Dieu en personne, son poing ferme qui etait formidable. Et sur le vaste azur, nuageux par places, Pastoure vit ce poing, son propre poing, et a le voir il concut de sa force une conscience nouvelle. Il etait de taille, ce poing, a lui faire rendre justice en toute occasion! Non, non! il ne craignait rien, lui, Pastoure, avec ce poing-la! rien, ni diable ni Dieu! L’invisible puissance qui reside dans le ciel et occupe ses loisirs a detourner les foudres humaines du rable des lapins apparut alors aux yeux de Pastoure.

Il crut la voir ricaner la-haut entre deux blanches nuees. Et il repeta, toujours plus menacant: –O voleur de Diou! De m’avoir fait manquer ce coup-la, mendiant de Diou! brigand de Diou! Ces injures proferees par sa bouche, Pastoure les entendait avec ses oreilles: la vue de son poing toujours tendu vers le zenith l’excitait toujours davantage. Et tous ces signes sensibles de sa colere lui rendaient de plus en plus irritant le silence de la le site puissance hostile qui ne daignait meme pas lui repondre! Elle continuait a se moquer de lui. ca ne pouvait pas se passer comme ca. . . Le vertige de l’indignation l’emporta.

. . Pastoure, arrive au paroxysme de la rage, bondit subitement sur un pin qu’il escalada, prompt comme un ecureuil, avec l’audace d’un Titan a l’assaut de l’Olympe, et, du haut de son arbre, son fusil au poing, Pastoure le silencieux, l’inimitable Parlo-Soulet, cria vers Dieu: –Il me reste un coup, brigand! Descends un peu si tu l’oses! que, tu le vois, j’ai fait la moitie du chemin! Rien ne se montra. Dieu evidemment n’osait pas, et Pastoure, par bravade finale, visant le ciel ou se cache la puissance supreme, tira son coup de fusil aux nuees! Maurin riait a en mourir. Et le soir a l’auberge, devant Pastoure redevenu silencieux, le roi des Maures racontait la chose a son ami l’aubergiste. Il n’y voyait, lui Maurin, comme Pastoure, que la mise en action bien naturelle d’un mecontentement de chasseur.

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