Il regarda ses deux adversaires et tranquillement dit: –ne faites pas les fiers! que je me

Les gendarmes semblaient embarrasses de leur capture. Cet evenement leur semblait si imprevu! Il les depassait! Et ils se taisaient comme surpris de leur propre audace, embarrasses de leur succes.

Alors Maurin se mit a rire: –Vous avez maigri, Sandri, depuis notre derniere entrevue. . . Les pommes d’api se fletrissent. Au bruit du coup de feu, Pastoure avait mis le nez dehors. Il n’eut pas de peine a deviner ce qui s’etait passe, et sans etonnement, rentrant dans le cabanon, il en ressortit aussitot, portant a Maurin son carnier: –Te, dit-il, que tu n’as pas dejeune. J’ai mis la-dedans le lapin entier et cuit a point, et tout ce qu’il faut. Bon voyage.

–Soyez content, dit Sandri a Pastoure, que nous n’ayons pas d’ordres contre vous. Votre tour viendra. Pastoure regarde Maurin et leurs yeux se comprennent. Maurin sait bien d’ailleurs que Pastoure le suivra pour l’aider dans la peine. Mais ce qu’il a compris c’est qu’il est pres de midi, et qu’a cette heure-la un lapin bien roti peut adoucir l’humeur du plus feroce gendarme. –En route! dit Sandri. –Ce serait l’heure de manger, grogna son compagnon. –Une idee! fit Pastoure. Dejeunez ici, gendarmes.

Maurin est pris, c’est entendu.

Vous avez une consigne. On ne vous en veut pas de faire votre devoir. Au drive-master.com contraire! Eh bien, dejeunez ici avec nous. S’il vous promet de ne pas chercher a se sauver pendant le repas, il tiendra parole.

Et, apres, vous vous mettrez en route gaillardement. Maurin se taisait, un peu farouche, dedaigneux et ennuye. –Non! merci bien!. . . Nous nous arreterons a La Verne pour le repas de midi, repliqua Sandri qui se mefiait. Eh! Eh! nous emmenons deux lapins. . . Et tous les deux sont cuits! Maurin haussa les epaules. Mais le nom de La Verne, tout de suite, fit naitre dans son esprit l’idee d’un expedient qui assurerait sa fuite. –Si vous avez peur, dit-il a Sandri, que je m’echappe, otez-m’en les moyens.

Il tendait ses mains rapprochees. Pastoure, ne comprenant pas, ouvrit de grands yeux mais ne souffla mot, songeant: « Patience, tout s’explique un jour ou l’autre! » Maurin dit a Pastoure: –Garde mon chien. Et a son chien d’un signe: –Reste avec Pastoure. Les gendarmes, d’un air de triomphe, lui lierent les poignets. Alors, il leur dit: –Je vois que j’avais bien raison d’eviter votre rencontre! Et digne et tranquille, les mains derriere le dos, croisees avec nonchalance comme s’il les eut portees ainsi volontairement: –Maintenant, dit-il sur le ton du commandement, suivez-moi, messieurs les gendarmes! Et pendant que s’eloignait Maurin, Pastoure, avec de grands gestes, disait tout seul et tout haut, en vaquant dans la cabane a ses preparatifs de depart: –Qui trouve que les choses vont bien apprend aussitot qu’elles vont mal; je disais tout a l’heure: « ils ne le prendront pas », et ils l’ont pris. Parler du malheur fait venir le malheur. Il ne faudrait jamais parler, meme tout seul. Trop parler nuit, trop gratter cuit. Si on ne disait jamais rien, elles iraient mieux, les choses.

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