Il parlait, regardait et agissait avec une extreme simplicite, mais dans cette simplicite, il y avait

de Malzonvilliers. –S’il en est ainsi, reprit l’inconnu, tu pourras sans doute m’indiquer quelqu’un en etat de faire une longue course a cheval? –Vous avez ce quelqu’un-la devant vous, monsieur.

–Toi? –Moi-meme.

–Mais, mon petit ami, tu me parais bien jeune! Sais-tu qu’il s’agit de faire au galop sept ou huit lieues sans debrider? –Ne vous mettez pas en peine de l’age; fournissez-moi seulement le cheval, et vous verrez.

L’etranger sourit, puis il ajouta: –Il est retif et plein de feu.

.

. –J’ai bon bras et bon oeil, il peut courir. .

. –Viens donc; le cheval n’est pas loin. L’inconnu et Jacques quitterent la prairie et entrerent dans un petit bois. Tout au milieu, derriere un fourre, Jacques apercut un cheval qui piaffait en tournant autour d’un ormeau auquel il etait attache. Un frein lie sur ses naseaux l’empechait de hennir. Jacques n’avait jamais vu un si bel animal, meme dans les ecuries de M. de Malzonvilliers. Il s’approcha du cheval, lui caressa la croupe, denoua le frein qui l’irritait, et s’appretait a sauter en selle, quand l’etranger lui mit doucement la main sur l’epaule.

–Avant de partir, lui dit-il, au moins faut-il que tu saches ou tu dois aller. –C’est juste, repondit Jacques, qui avait deja le pied a l’etrier.

L’impatience de galoper sur un si fier cheval lui avait fait oublier le but de la course. –Tu sais sans doute ou est le petit village de Witternesse? –Tres bien: a une lieue a peu pres, sur la droite, du cote d’Aire. –C’est la que tu paris click vas te rendre; maintenant retiens bien ceci: avant d’entrer a Witternesse, tu verras sur la gauche une ferme au bout d’un champ de seigle. Il y a quatre fenetres avec une girouette en queue d’aronde sur le toit. Tu frapperas trois coups a la porte; au troisieme coup, tu prononceras a haute voix le nom de Bergame; un homme sortira et tu lui remettras ce papier. . . En achevant ces mots, l’inconnu tira de sa poche un petit portefeuille, prit un crayon et se mit en devoir d’ecrire. –Sais-tu lire? demanda-t-il brusquement a Jacques. –Oui, monsieur, tres bien. L’etranger fronca le sourcil; mais ce mouvement fut si rapide que Jacques n’eut pas le temps de s’en apercevoir. Un instant l’etranger tourna le crayon entre ses doigts; puis, prenant une resolution subite, il ecrivit rapidement quelques mots, dechira le feuillet, et le presentant a Jacques, attacha sur l’enfant un regard profond. Jacques examina le papier.

–Je lis, mais je ne comprends pas, dit-il. L’etranger sourit. –Il n’est pas necessaire que tu comprennes, reprit-il; mets le papier dans ta poche et saute a cheval. . .

Bien!. . . Parbleu, mon garcon, tu te tiens gaillardement!. . . si tu t’y prends de cette facon, tu ne serviras pas de fascine a quelque fosse. . .

Cependant, aie toujours les yeux sur les oreilles de l’animal. . . il est fantasque; mais quand il est en humeur de faire un ecart, il a l’honnetete d’en prevenir son cavalier par un certain mouvement d’oreille, dont les reins de beaucoup de gens ont garde le souvenir.

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