Il n’y avait sur la route que des valets d’ecurie presque endormis; la pluie tombait par

M.

de Charny se resigna. On courut jusqu’a Saint-Denis, on relaya de nouveau, et le carrosse continua sa route vers Paris.

Au bout de cinq cents pas, Belle-Rose salua M. de Charny de la main. –Votre compagnie nous a servi d’escorte, parisclick.fr lui dit-il; elle nous a valu la liberte, je vous laisse la vie et nous sommes quittes. Tachons maintenant de ne plus nous rencontrer. Pendant ce petit discours, la Deroute et Grippard avaient coupe les traits et force, le pistolet au poing, les postillons a descendre de cheval. Au moment ou Belle-Rose lachait les renes, tous partirent a fond de train. Au bout d’une minute, le bruit de leur course precipitee se perdit dans les mille bruits de l’orage. Quand M. de Charny arriva a la porte Saint-Denis, on n’avait rien vu. Les quatre cavaliers s’etaient envoles comme des fantomes. A un quart de lieue de Paris, Belle-Rose avait brusquement tourne sur la droite et regagne Saint-Denis par des chemins de traverse, laissant M. de Charny courir devant eux. Au point du jour, les quatre fugitifs arriverent a Chantilly, ou ils demanderent M.

de Pomereux. Le jeune gentilhomme dejeunait gaillardement, tout botte et eperonne; il recut Belle-Rose les bras ouverts. –Parbleu! s’ecria-t-il, je m’attendais a quelque tour de votre metier.

Je ne savais pas trop, a vrai dire, comment vous feriez, mais j’etais a peu pres sur que vous arriveriez. Quand on lui eut raconte comment on s’y etait pris pour quitter l’abbaye, M. de Pomereux rit de tout son coeur. –C’est facheux seulement, ajouta-t-il, qu’il ne se soit pas defendu, vous auriez eu un pretexte pour le tuer.

La mort de M. de Charny etait decidement l’idee fixe de M. de Pomereux. Chantilly etait tout encombre de gentilshommes qui se joignaient, en qualite de volontaires, a la maison de Conde. On ne voyait partout que laquais et piqueurs, soldats et cadets de famille, qui s’agitaient en attendant l’heure du depart. –Vous etes arrives a propos, leur dit M. de Pomereux; l’ordre nous est parvenu ce matin de nous mettre en route.

Le roi et les princes nous rejoindront a Compiegne. On vous prendra pour des volontaires, et vous n’aurez plus rien a craindre.

Les plus presses commencerent de partir vers midi. Les equipages les suivirent bientot apres, et le gros de la maison se mit en route vers deux heures. Belle-Rose et Cornelius chevauchaient a cote de M. de Pomereux, qui ne se sentait pas de joie.

Il n’etait pas moins heureux de la deconfiture de M. de Charny que du plaisir de voir les deux jeunes gens dans sa compagnie.

La Deroute et Grippard, fermes sur leurs arcons, jacassaient comme deux pies. La route qu’ils suivaient etait toute chargee de troupes, de fourgons, de bagages, de carrosses, de cavaliers. On rencontrait des escadrons ranges en longues files, des bataillons deroules comme des rubans, des trains d’artillerie retentissants et sonores. A la vue des canons, la Deroute devint rouge de plaisir. Il poussa son cheval vers l’une des pieces, un beau canon de bronze fleurdelise, et caressa de la main sa culasse luisante et rebondie.

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