–il n’y a qu’a constater son identite, puis le faire executer, ajouta cobos

Don Jaime fit un geste, don Melchior parut amene par deux soldats. Il etait pale, defait, ses habits dechires etaient souilles de sang et de boue; on lui avait attache les bras derriere le dos. Les officiers s’etaient formes en cour martiale, sous la presidence du general Cobos. –Votre nom? demanda celui-ci. –Don Melchior de la Cruz, repondit-il d’une voix sourde.

–Reconnaissez-vous avoir passe a l’ennemi en entrainant a votre suite les soldats ici sous vos ordres? Il ne repondit pas, mais tout son corps fut agite d’un tremblement convulsif. –La certitude de la trahison de cet homme est acquise au tribunal, reprit Cobos; quel chatiment a-t-il merite? –Celui des traitres, repondirent d’une seule voix les officiers.

–Qu’on l’execute, dit Cobos. Le condamne fut amene devant le front de bandiere et mis a genoux. Dix caporaux formerent un peloton et se placerent a six pas derriere lui. Le general Cobos s’approcha alors du condamne. –Lache et traitre, lui dit-il, tu es indigne du rang auquel tu avais ete eleve; au nom de tous nos compagnons je te declare degrade et rejete de parmi les gens d’honneur. Un soldat enleva alors a don Melchior les insignes de son grade et l’en souffleta. Le jeune homme poussa un rugissement de tigre a cette insulte, jeta un regard effare autour de lui et fit un mouvement pour se lever. –Feu! cria le general Cobos. Une detonation retentit; le condamne jeta un horrible cri d’agonie et tomba la face contre terre, se debattant dans des convulsions horribles. –Achevez-le! dit Miramon avec pitie. –Non, repondit Cobos d’une voix rude; qu’il meure comme un chien: plus il souffrira, plus notre vengeance sera complete. Miramon fit un geste de degout et ordonna de sonner le boute-selle.

On partit.

Deux hommes seuls etaient demeures pres du miserable, le regardant se tordre a leurs pieds dans d’atroces souffrances. Ces deux hommes etaient le general Cobos et don Jaime. Don Jaime se pencha vers le mourant, lui releva la tete et le contraignant a fixer sur lui son regard glauque: –Parricide, traitre envers ta patrie et tes freres, lui dit-il d’une voix sourde, ce sont tes freres qui se vengent aujourd’hui; meurs comme un chien que tu es, ton ame ira au demon qui l’attend, et ton corps prive de sepulture, sera la proie des betes fauves! –Grace! s’ecria le miserable en se renversant en arriere, grace! Une derniere convulsion agita son corps, ses traits crispes devinrent hideux, il jeta un cri horrible et ne bougea plus. Don Jaime le poussa du pied.

Il etait mort. –Un! dit sourdement l’aventurier en remontant a cheval.

–Hein! fit le general Cobos. –Rien, c’est un compte que j’etablis, repondit-il avec un eclat de rire railleur. XXXVIII FACE A FACE Lorsque le general Miramon arriva a Mexico, la nouvelle de sa defaite etait deja publique. Il se passa alors un fait singulier: le clerge et l’aristocratie, que toujours le president Miramon avait soutenus et defendus, et dont cependant l’indifference et l’egoisme avaient cause la ruine et amene la perte totale, deploraient maintenant la conduite qu’ils avaient tenue envers l’homme qui seul etait capable de les sauver.

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