Il n’ose presque la regarder tant il sent irresistible le pouvoir de ses sens en fougue

Et, tout a l’heure, il va la tenir dans ses bras, elle frissonnera sous ses baisers. Il sait maintenant pourquoi son talent sommeille encore: il s’eveillera grandiose a la manifestation de sa virilite. Il sera un fort.

IV On verse du champagne a pleines flutes.

Liberalement l’aqua-fortiste jette les louis dans les mains tendues des sommeliers en fracs. Quand la fille a fini d’etancher sa soif, elle demande: –Allons vite chez Baratte, dis, tu veux? Il ne va plus rester de salons. Sur l’escalier de marbre, la foule leur fait cortege.

Lui, presque pame de bonheur, s’enivre des flatteries qu’elle susurre a l’adresse du couple merveilleux. Subitement une bande se precipite, calicots deguises d’une piece de ici percale, gadoues en debardeurs crottes. Comme l’un deux regarde trop pres Savonnette, lui le repousse doucement de la main. L’homme se rebiffe, crache des invectives, et, d’un soufflet, demasque Paul Grimail. Un vide se fait, bruyamment. L’artiste s’affaisse, sans une idee, pres la balustrade. Un municipal le pousse hors des degres. Sur le large palier le calicot clame: –Oh! mince, alors! Reluque un peu sa gueule. V La Seine est noire. . . Il y grelotte des bigarrures de lumiere diffuse. Lui, va le long des quais. Dans sa fievre, il arrache une a une les parties de son costume et les jette par-dessus le parapet.

Bientot il les ira rejoindre, ces oripeaux qui lui ont valu la seule felicite de sa vie. A quoi bon vouloir encore tenter l’impossible, decrire et imiter l’inconnu? Insanite! Et sans le travail, son existence est sans but, puisqu’il n’en peut jouir. Jusqu’au loin, s’alignent, en file, des rangees de tonneaux, des tas de pierres, des empilements de planches. Puis un pont: un chapelet de lampadaires, le falot vert d’un fiacre qui semble glisser sur le garde-fou. Se tuer c’est imposer la douleur sans fin a un etre excellent, une mere qui par ses caresses, par ses regards et ses moindres paroles demande a son fils pardon d’avoir produit. –Il ne peut mourir. Des rues etroites se percent entre les pates de batisses neuves.

Paul Grimail en apercoit une plus eclairee: la lanterne d’un bouge rayonne avec son numero enorme, ombrant les vitres.

_Cinquieme Soiree_ _Au pied de la montagne a la chevelure frondante, la villa blanche et enguirlandee. _ _Sur les gazons ras des pelouses et parmi les hauts tulipiers aux branches se bifurquant,–tel un blanc gypaete les ailes toutes grandes,–la blanche et enguirlandee villa se pose. _ _La nuit est pale d’etoiles. _ _L’air torride est tout embaume de la seve des branches frondantes de la foret, et de l’arome des rhododendrons, et de la saveur des mures. _ _Au pied de la montagne, sur les gazons ras des pelouses,–tel un blanc gypaete les ailes toutes grandes,–la villa se pose.

_ _La nuit est pale d’etoiles. _ _La rue close de baraques foraines s’aveugle de lumiere, s’assourdit de claquements de fouet, de cris et de sonnailles. _ _La-bas, par-dessus les toits ardoises, l’orchestre du casino clangore.

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