Il ne vous est pas facile d’etre bien aimable quand de votre mesaventure, qui devrait vous

.

. Au revoir; on verra la suite! Il sortit, suivi de son acolyte, tandis qu’Orsini haussait les epaules et rallumait sa vieille pipe.

–Mon pere, dit Tonia, je vous remercie, vous etes bon de m’avoir defendue.

–Je n’ai que toi, Tonia, dit simplement Orsini. . .

Et il ajouta avec un dedain dont il ne sentait pas le comique: –Apres tout, est-ce que je le connais, moi, voir la page ce gendarme? Ils nous ennuient, a la fin, ces beaux soldats qui font les vantards et qui nous prennent tout d’un coup nos filles, quand nous les avons faites grandes et belles! La jolie et rusee fillette alla a son pere, et, calinement, l’embrassa. CHAPITRE XLVI Comment et pourquoi, non sans regret, Maurin fit a un gendarme un cadeau princier, ce qui l’amena a conter a ses amis _La lievre de juin_. A quelques jours de la, M. Cabissol apprit que Maurin serait traque a la fois par toutes les brigades des Maures.

Il le fit prevenir par l’ami Pastoure, et lui fit savoir en meme temps que M. Rinal le cacherait chez lui, aussi longtemps que cela paraitrait necessaire.

Maurin arriva de nuit chez M.

Rinal, a l’insu meme de Cigalous a qui on se fit un devoir de ne rien dire. Cigalous etait le maire. On aurait pu le compromettre en lui confiant le secret. Maurin, bien navre de ne plus courir les bois durant le jour, sortait chaque nuit, allait se mettre a l’affut du sanglier et de la lievre, sorte de braconnage qui, en temps ordinaire, lui plaisait peu; mais il faut bien vivre, et necessite n’a pas de loi.

Il passa ainsi chez M. Rinal environ deux semaines. Sous pretexte de chasse, M. Cabissol, pour la circonstance, s’etait fixe a Bormes; Pastoure y fit de frequentes apparitions et tous deux, Pastoure et Cabissol, l’un presque muet, l’autre agreablement bavard, passerent avec Maurin, chez M.

Rinal, plus d’une soiree joyeuse.

Un soir, Maurin qui etait reste, a son ordinaire, tout l’apres-midi dans le grenier chez M. Rinal, declara qu’il ne sortirait pas cette nuit-la. Pastoure, qui etait venu le chercher, s’etonna. M. Cabissol et M. Rinal parurent egalement fort surpris. –Et pourquoi ne sortiras-tu pas ce soir? –A cause, dit Maurin, d’une rencontre que j’ai eue et d’un cadeau que j’ai fait aux gendarmes de Bormes, la nuit derniere. –Oh! Oh! Contez-nous ca, Maurin. M. Rinal, confortablement assis dans un vieux fauteuil au coin du feu, fumait une cigarette; de sa main fine, elegante parmi la manchette brodee et souple, il en offrit une a M. Cabissol, qui, le dos aux coussins, s’etait installe sur le divan recouvert d’un tapis oriental. Maurin et Pastoure, malgre les invitations reiterees du maitre de la maison, n’acceptaient pas les sieges moelleux; ils s’y trouvaient mal a l’aise, et preferaient les durs escabeaux de bois de chene, sans dossier. –Contez-nous ca, Maurin. Et d’abord, allumez vos pipes. Les pipes allumees: –Voici, dit Maurin. Je revenais cette nuit de l’affut, et je rapportais ici ma lievre, une lievre de quatre kilos, mon ami! une chose comme un loup! qui me remplissait ton carnier, o Pastoure, et meme davantage–car c’est ton carnier, Pastoure, que j’avais emporte, avec ta permission, vu que le mien est grand comme une malle et que je ne croyais pas en avoir besoin, ne comptant pas tuer plus d’une lievre, comme de juste.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *