Il la revit plus jeune encore, blotti dans la molle poitrine de sa mere, ou, mordant

Et leur gout odorant revient a son palais; il eprouve l’instinct de s’en vouloir repaitre. Par intervalle, il hoche un acquiescement aux consolantes recommandations de son camarade, mais il reste tout a fait inattentif aux descriptions de cellules, aux moyens de frauder la consigne que le sergent confie en les ponctuant de restrictions prudentes: « Surtout ne dis pas que c’est moi qui te l’ai dit.  » Son existence d’antan denuee de desirs irrealisables comme de chagrins reels il la voudrait encore passer.

Et depuis, de successifs deboires.

Son arrivee au regiment, une joie: enfin, se presentait la noce tant desiree, tant revee alors que la lui defendait son pere. Et la noce n’avait valu que fatigues, embetements, punitions, maladies, fastidieuses elaborations de carottes pour avoir de l’argent. Hormis cela on l’excede de manoeuvres; ses camarades plus forts lui empruntent et le depouillent; ses camarades riches le denigrent et le bernent; les chefs le brutalisent, les fillasses le ruinent, l’infectent et le blasent.

Aujourd’hui, il va encore subir d’inedites rigueurs, de plus nombreuses injures. Elles resonneront bientot a ses oreilles, les voix mechantes des sous-officiers enrouees par les habituelles souleries. A sa vue, des le seuil de la caserne, on se gausse: « Mince de chic! Ou diable a-t-il ete pecher l’autorisation de se balader en pekin dans la cour du quartier? » –Ah! foutez-moi la paix, nom de Dieu! hurle Prescieux empoigne d’une fureur subite.

Berdot parle au chef de poste; celui-ci grogne un commandement. Quatre hommes se levent du banc ou ils somnolaient; ils abaissent les jugulaires de leurs schakos et se trainent jusqu’aux fusils. Gustave apprehende la torture qui va commencer sans revolte possible: oser une protection de soi paraitrait grotesque. Quels etres! Berdot sait bien cependant a quelle peccadille se reduit le crime; mais l’arrestation de Prescieux vaudra d’influentes apostilles a cet individu sur la liste d’avancement. Canaille!.

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Et il precede dans les couloirs le sergent qui l’a rejoint. Il ne s’oublie plus en de vains regrets; un energique vouloir de se montrer ferme et superieur a ces sales tracasseries persiste seul. En lui-meme, muet, il se redresse et se rebiffe. A la chambree, le conditionnel Auriol, un garcon tres drole, simule une profonde admiration pour le costume neuf: –Oh, Prescieux, chic! le complet quarante-cinq. elegance et solidite! En un tour de main le plus vulgaire des tourlourous est transforme en mec irreprochable. Entree libre, on rend l’argent. Gustave hausse les epaules, feignant l’indifference pour cette raillerie qui le navre. ici

S’il manifeste une colere, on redoublera de quolibets stupides.

Mais sa chair, plus apre encore que sa volonte, se revolte; sa poitrine s’oppresse et halete; tous ses nerfs lui semblent se pincer et se tordre de l’insulte.

Son regard se brouille davantage. Il souffre d’un trop plein d’excitation qui lui agace le corps; sa nervosite lui commande la vengeance et lutte a toute force contre sa raison.

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