Il invita sa femme a s’asseoir a ses cotes sur la chaise longue, puis il se

Elle fermait voluptueusement, en rougissant un peu, ses yeux aux cils franges. Il la delaca methodiquement. Apres avoir fait tomber un a un tous les voiles importuns, il la prit dans ses bras et la porta au lit. Helas! une fois sous les draps fins parfumes d’iris de Florence, il eut de nouveau le trac, comme un acteur a une premiere: –Commencer par un four, se disait-il, c’est dangereux pour l’avenir. Il parla de choses indifferentes, puis fixant sur sa femme des regards qui voulaient paraitre langoureux, il dit: –Vous devez etre bien fatiguee, mon amie. . . Elle repondit simplement: –Non. Et cacha sa tete blonde dans les dentelles des taies d’oreillers. Alors il commenca des caresses prudentes, en lui murmurant les banalites exquises des amoureux. Il parla avec passion de l’avenir, de la tendresse qu’il lui avait vouee. Elle l’ecoutait, visiblement desappointee. La veilleuse se mourait, et les premieres lueurs de l’aube filtraient deja a travers les lourds rideaux des hautes fenetres. Blanche s’assoupit legerement. Fernand de Lorn poussa un soupir de soulagement. Helas! la pauvre couronne d’oranger n’avait pas perdu un seul petale.

II Deux nuits suivirent dans un calme aussi plat. La troisieme il resolut d’etre plus hardi: –Apres tout, se disait-il, pourquoi avoir de telles apprehensions? C’est absurde. Il perdit la bataille, et l’honneur aussi. Pendant plusieurs semaines des tentatives frequemment renouvelees furent absolument desastreuses. La situation devenait tendue. Les epoux commencaient a echanger des paroles aigres-douces. Ils s’en voulaient mutuellement. Fernand retourna au cercle, ou les plaisanteries banales de ses amis, a propos de son bonheur conjugal, lui entraient au coeur comme des dagues. Il perdait des sommes folles sans arriver a se distraire. L’humeur de Blanche devenait de jour en jour plus acariatre, ses nerfs exasperes battaient la charge. Elle passait sa vie a massacrer des statuettes de Saxe et a renvoyer ses femmes de chambre.

Ce qui la faisait rager surtout, c’etaient ses amies intimes, la comtesse de Luc, Madame de Baixas, et les autres, mariees peu de temps avant elle, avec leurs conversations indiscretes, telles que: –Eh! bien, dis, est-ce si terrible que ca un mari? Ou: –Pauvre petite comme tu as les yeux battus. voir la page

Ou encore: –A quand le bapteme, ma mignonne? Elle tachait de prendre des mines effarouchees, tres vexee au fond, et finissait par se facher tout rouge. A quoi les petites amies repliquaient en choeur: –La voyez-vous, l’hypocrite! III Plaisanterie a part, ce pauvre Monsieur de Lorn etait vraiment a plaindre. Songez donc! ca n’etait pas gai. Quelle deveine! Oh! si l’on pouvait se douter de son malheur chez la grosse Tata, quelle fete! Et le petit d’Anglar a qui il avait enleve Toto, c’est lui qui s’amuserait a colporter la nouvelle dans tous les cercles de Paris.

Et puis, c’est que ca devenait inquietant. Si c’etait pour tout de bon! C’est que ces choses-la arrivent quelquefois, tout d’un coup, a son age, surtout quand on a brule la meche par tous les bouts.

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