Il fit un brusque mouvement de retraite et voulut fuir, mais l’aventurier le saisit par le

–Eh, senor Jesus Dominguez, dit-il au bout d’un instant d’une voix ironique, est-ce donc vous? Vive Dios, je ne comptais guere vous rencontrer ici. Le pauvre diable regarda piteusement celui entre les mains duquel il se trouvait, mais il ne repondit pas. L’aventurier attendit un instant, puis voyant que decidement son prisonnier s’obstinait a ne pas lui parler: –Ah ca, drole, lui dit-il en le secouant rudement, repondras-tu a la fin? Celui-ci fit entendre un gemissement sourd. –C’est el Rayo ou c’est le diable! murmura-t-il avec effroi, en levant un regard atone sur le visage masque de l’homme qui le tenait si solidement.

–C’est l’un ou l’autre en effet, reprit l’aventurier en ricanant, ainsi tu es en bonnes mains, sois tranquille; maintenant veux-tu me dire comment il se fait que de guerillero et voleur de grands chemins, tu es devenu espion et sans doute assassin, au besoin, dans cette capitale. –Des malheurs, Excellence, on m’a calomnie, j’etais trop honnete, repondit Dominguez. –Toi? Du diable si j’en crois un mot, je te connais trop bien, drole, pour que tu puisses essayer de me tromper; decides-toi donc a me dire la verite, et cela tout de suite et sans plus tergiverser, ou sinon je te tue comme un lache zopilote que tu es.

–Vous serait-il egal, Excellence, de me serrer le bras un peu moins fort, vous me le le site tordez si cruellement qu’il doit etre demis. –Soit, dit-il en le lachant, mais n’essaie pas de fuir, car il t’en cuirait; maintenant parle, je t’ecoute. Jesus Dominguez en se sentant delivre de la rude etreinte de l’aventurier poussa un soupir de soulagement, remua son bras a plusieurs reprises afin de retablir la circulation, puis il se decida a parler. –Je vous annoncerai d’abord, Excellence, dit-il, que je suis toujours guerillero, et de plus je suis monte en grade puisque j’ai le grade de lieutenant. –Tant mieux pour toi. Mais que fais-tu ici? –Je suis en expedition, Excellence. –En expedition, ainsi tout seul, a Mexico? Ah ca, tu te moques de moi, bribon? –Je vous jure, sur la part que j’espere en paradis, Excellence, que je vous dis la stricte verite; d’ailleurs je ne suis pas seul ici, mon capitaine m’accompagne, c’est meme sur son ordre expres que je suis venu.

–Ah! Ah! Et quel est ce capitaine? –Oh! Vous le connaissez, Excellence.

–C’est probable, mais il a un nom je suppose? –Certainement, Excellence: il se nomme don Melchior de la Cruz.

–Je m’en doutais; maintenant je devine tout: tu es charge d’espionner dona Dolores de la Cruz, n’est-ce pas? –Oui, Excellence.

–Bon, apres? –Apres, mais voila tout, Excellence. –Oh! Que non pas, mon drole, il y a encore quelque chose.

–Mais je vous assure. –Bien, je vois qu’il faut que j’emploie les grands moyens, dit-il en armant froidement un pistolet. –Mais que faites-vous donc, Excellence? s’ecria-t-il avec effroi. –Tu le vois, il me semble, je me prepare tout simplement a te bruler la cervelle; ainsi, si tu veux essayer de jeter ton ame a la tete du bon Dieu, depeche-toi de le faire, tu n’as plus que deux minutes a vivre.

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