Il faut que j’arrete cet homme-ci partout ou je le trouverai

–Vous ne ferez pas cela, cria-t-elle, ou vous n’etes pas un vrai Corse! –Je le ferai, dit le gendarme, en vrai Corse que je suis. Quand vous parlez de l’hospitalite, Antonia, vous dites ce que vous devez dire, et je suis content de vos paroles. Mais je suis un voir la page soldat. J’ai recu des ordres qu’il faut que j’execute, et je les executerai, et en vrai Corse, je vous le dis! Il fit un pas vers Maurin. Alors, malgre elle, Antonia poussa ce cri, qui fit palir son fiance: –Les vrais Corses, les vrais, sont bandits avant tout, cria-t-elle, bien avant d’etre gendarmes! Alessandri et Maurin echangerent, sur ce mot, un regard charge de defi. Tous deux sentaient qu’ils se disputaient l’amour meme d’Antonia. Le regard de la Corsoise ne quitta Maurin que pour se porter sur le gendarme avec une expression de colere ou il y avait du mepris.

–Ecoute, gendarme, fit Maurin serieusement, tu ne feras pas ca, de m’arreter ici. Je calcule que ce serait une mauvaise affaire pour toi, aux yeux de ta fiancee. Je lui ai rendu un gros service, un vrai, il n’y a pas a dire, voici une heure a peine. Elle m’a invite a venir chez son pere prendre un verre d’eau-de-vie, en remerciement. Et voila que tu arrives.

. .

« Eh bien! si tu m’arretes, c’est donc qu’elle m’aurait pour ainsi dire fait venir, comme en trahison, dans un piege?.

. . « ca n’est pas possible. . .

Son pere, qui est la et qui ne dit rien, n’en pense pas moins comme moi, je suis sur. . .

N’est-ce-pas, Antonio Orsini? N’est-ce pas que tu trouves mauvais qu’on m’arrete dans ta maison meme, apres que j’y ai amene en surete ta propre fille?. . . Et en recompense, qui m’arreterait? Ton futur gendre!. . . Il y aurait la de quoi, Antonio, deshonorer ta race pour la vie, et cinquante ans de vendetta n’effaceraient pas cette abomination! Antonio, mis au pied du mur, se sentit perplexe. Pourtant il n’aimait pas beaucoup Maurin. –Repondez, mon pere! dit Antonia. –Ce que moi je peux dire, dit enfin le forestier, n’y changera rien. .

. Je voudrais sauver Maurin. . . aujourd’hui.

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. mais Alessandri est le seul maitre de la chose. Il doit savoir ce qu’il a a faire. –Crois-moi, tu dois me laisser partir pour aujourd’hui, Alessandri, reprit avec fermete Maurin. Tu m’attraperas dans les bois, quand j’aurai tous mes moyens de fuir. Ce sera plus digne de toi comme de moi-meme.

Un vrai chasseur, vois-tu, ne tire pas au pose. . . « Et rappelle-toi, ajouta Maurin, solennel a la fois et gouailleur, rappelle-toi qu’en emprisonnant ton grand Napoleon qui etait venu librement a elle, l’Angleterre s’est deshonoree pour les siecles des siecles! » Alessandri secoua la tete. –Vous essayez de me tromper sur mon devoir, tous! Si je laissais aller Maurin en ce moment et qu’on le sut, je perdrais ma place. . . –Aimes-tu mieux perdre l’honneur des Corses? cria Tonia. Ce mot ralluma la colere du gendarme. –Je perdrai mon honneur de Corse en ne pas arretant un assassin comme celui-ci! cria-t-il. . . Tais-toi, femme! Si tu te mettais a commander deja ton fiance, que ferais-tu un jour de ton mari!.

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