Il fait et defait des prefets, des gouverneurs, des ministres

Sa femme fait des academiciens. Tous les souverains qui visitent la capitale traversent son salon, et il est, par suite, tout couvert de croix. Il est, de plus, comble de sinecures; il vient encore d’etre nomme conservateur des Hieroglyphes de l’Obelisque. On dit que, s’il le veut, il arrivera a la presidence de la Republique. . . des qu’il aura atteint sa majorite. Une seule chose le desole, c’est la decision recente qui ne lui permettra pas d’obtenir sans scandale, avant sa trentieme annee, les palmes academiques, qu’il fait donner deux fois par an a tout un peuple! –Mon cher Cabissol, dit M.

Rinal, vous etes, vous aussi, un maitre galegeaire, car pendant tout votre invraisemblable recit j’ai cru a plusieurs reprises qu’il etait vrai. –Parbleu! dit Cabissol, il est beaucoup plus vrai que la verite, ce qui, pour les contes, n’est point rare. Et, sur ce mot, chacun s’alla coucher. CHAPITRE XLIX Ou l’on verra l’histoire jolie de la _Poule verte_, comment l’horrible Grondard denoua le roman de Tonia et du roi des Maures, et avec quel desinteressement admirable Pastoure refusa une haute position. Le lendemain au soir: –Votre histoire d’hier n’etait pas beaucoup gaie, monsieur Cabissol, dit Maurin. J’y ai reflechi cette nuit: elle veut dire que le gouvernement des hommes n’appartient pas toujours a ceux qui ont le merite. C’est vrai peut-etre bien, mais ce n’est pas agreable a penser. « Il n’est peut-etre pas agreable non plus de se dire que notre gouvernement de la Republique favorise tant d’intrigues! –Laissez donc la Republique tranquille, Maurin! s’ecria M.

Rinal.

La moralite d’une epoque ne tient pas necessairement aux formes de gouvernement.

On imagine tres bien d’excellents rois et meme de bons tyrans!. . . oui.

. . oui. . .

je ne m’en dedis pas, moi, le jacobin! L’ideal de la Republique est admirable. C’est le gouvernement des meilleurs et des plus instruits, des plus _capables_, comme vous dites, mais l’organisation republicaine ne peut que permettre au peuple de se faire gouverner par ceux-la,–et d’autre part un peuple peut fort bien ne pas etre digne de ses libertes. Laissez-nous le temps de nous instruire de nos droits et de nos devoirs. Nous naissons a peine a la liberte.

Nous grandirons. Laissez faire. Et, en attendant, rions de ce qu’il y a de risible, meme dans nos malheurs. Voyons, monsieur Cabissol, encore une histoire drole! –Connaissez-vous celle de la _Poule verte_? –Non, dit Maurin. –Non, dit M. Rinal. Pastoure secoua negativement la tete. –Oyez-la donc, dit M. Cabissol, il m’est arrive d’en rire tout seul. Et il conta ce site de l’entreprise qui suit: LA POULE VERTE –Il se passe souvent, dans le vaste monde, des choses bien extraordinaires. « J’ai connu, voici quelques annees, un vieux gavot, un paysan de la montagne, qui s’appelait Marius-Sidoine Cabasse. « Cabasse vivait dans la bastide ou il etait ne, en pleine Provence des clapiers, dans l’odeur de la farigoule, la-bas, la-bas, plus loin que Draguignan.

Cabasse n’avait jamais rien vu au dela des clapiers qui formaient tout l’horizon de sa bastide.

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