Il etait evident que ce sombre jeune homme exercait sur tout ce qui l’entourait une puissance

Pres de deux mois s’etaient ecoules depuis l’arrivee du jeune homme a l’hacienda; le temps s’etait passe en lectures, ou en promenades faites aux environs, en compagnie presque toujours du mayordomo de l’hacienda, homme d’une quarantaine d’annees, a la figure franche et ouverte, a la taille courte et trapue, aux membres vigoureux, qui paraissait jouir d’une grande privaute aupres de ses maitres. Ce mayordomo nomme Leo Carral s’etait epris d’une grande affection pour ce jeune Francais dont la gaiete inepuisable et la liberalite lui avaient touche le coeur. Il prenait plaisir pendant leurs longues courses dans la plaine a perfectionner le comte dans l’art de l’equitation, lui faisait comprendre les defectuosites des principes de l’ecole francaise et s’appliquait a en faire, comme il avait la pretention justifiee du reste de l’etre lui-meme, un veritable _hombre de a caballo_ et un _jinete_ de premiere force. Nous devons ajouter que son eleve profitait parfaitement de ses lecons, et non seulement etait en peu de temps devenu un parfait cavalier, mais encore, grace toujours au digne mayordomo, un tireur emerite. Le comte avait, d’apres les conseils de son professeur, adopte depuis peu le costume mexicain, costume elegant, commode et qu’il portait avec une grace sans pareille.

Don Andres de la Cruz s’etait joyeusement frotte les mains en voyant celui qu’il considerait deja presque comme son gendre, prendre le costume du pays, preuve a ses yeux certaine de l’intention du comte de se fixer au Mexique; il avait meme a cette occasion essaye d’amener adroitement la conversation sur le sujet qui lui tenait le plus au coeur, c’est-a-dire le mariage du jeune homme avec dona Dolores.

Mais le comte toujours sur ses gardes avait, ainsi que plusieurs fois deja il l’avait fait, evite ce sujet scabreux, et don Andres s’etait retire en hochant la tete et eu murmurant: –Il faut cependant que nous nous expliquions? C’etait au moins la dixieme fois depuis l’arrivee du comte a l’hacienda que don Andres de la Cruz se promettait ainsi d’avoir avec lui une explication, mais jusque-la, le jeune homme s’etait toujours arrange de facon a l’eluder. Un jour que le comte, retire dans son appartement, s’etait laisse aller a lire plus tard que d’habitude, au moment de fermer son livre et de se mettre au lit, en levant les yeux par hasard, il lui sembla voir passer une ombre ici devant la porte-fenetre qui donnait dans la huerta. La nuit etait avancee, depuis plus de deux heures deja tous les habitants de l’hacienda etaient ou devaient etre livres au sommeil: quel etait donc ce rodeur, que sa fantaisie poussait a se promener si tard? Sans se rendre bien compte du motif qui l’engageait a agir ainsi, Ludovic resolut de s’en assurer. Il quitta la butaca sur laquelle il etait assis, prit sur une table deux revolvers Devisme a six coups, afin d’etre prepare a tout evenement, et ouvrant aussi doucement que possible la porte-fenetre, il s’elanca dans la huerta en tournant du cote ou il avait vu disparaitre l’ombre suspecte.

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