Il est en train de vendre pour une somme de cent mille livres des papiers qu’il

Si ces papiers ne compromettaient que moi ou le prince de Conde, je ne m’en inquieterais guere.

Le roi, dans sa souveraine misericorde, a bien voulu tout oublier. Mais ils peuvent porter un prejudice notable a des gens qui n’ont point ete soupconnes; que dis-je? ils peuvent les perdre, si ces papiers tombent au pouvoir de M. de Louvois. –Que faut-il faire? –Il faut partir pour Paris. –Quitter l’armee! s’ecria Belle-Rose indecis.

–Tu perdras quinze jours que tu regagneras en une semaine, repliqua M. de Luxembourg qui s’animait en parlant. Et d’ailleurs, je ne sais que toi a qui je puisse confier cette mission. –J’irai. –Tu t’arreteras a Chantilly, ou l’intendant de M. le Prince te remettra cent mille livres en or sur cet avis que voici. Tu te rendras ensuite chez Bergame, qui demeure du cote de Palaiseau, dans une maison que je lui ai donnee. –Ah! fit Belle-Rose avec degout. –La maison est a droite, a cent pas de la route, avant d’entrer au village.

Tout le monde te l’indiquera. Bergame ne se doute pas encore que je suis instruit de sa perfidie. Tous les papiers sont chez lui, dans une certaine armoire que je connais bien, qui est creusee dans le mur, et ou je me suis cache plus d’une fois au temps de la Fronde. Un homme qui est employe aupres de M. de Louvois a eu connaissance de ce marche, il s’est souvenu qu’il me devait tout, et il m’a prevenu. –Ce sont ces papiers-la que vous voulez? –Par ruse ou par force, il faut que tu les aies. –Oh! c’est un vieillard! fit Belle-Rose. –Eh! morbleu! s’ecria M. de Luxembourg, les vieux loups ont les plus longues dents! D’ailleurs, il ne s’agit pas de le tuer: tu payes le prix de la trahison et tu prends les papiers, qu’il se taise ou qu’il crie! Sais-tu bien qu’il y va de la vie de vingt personnes? –C’est bien! j’aurai ces papiers. –Ainsi, tu partiras demain. –Je partirai cette nuit. –Va, et que Dieu te conduise! Une premiere fois tu m’as peut-etre sauve la vie; une seconde fois tu me sauves l’honneur. Que ferai-je pour toi, Grinedal? –Vous me ferez voir une bataille. XXVI UNE MISSION DIPLOMATIQUE Une heure apres cette conversation, Belle-Rose partit accompagne de la Deroute, qui, sous aucun pretexte, n’avait voulu se separer de lui. M. de Nancrais s’etait charge de Pierre, dont il se proposait de pousser l’education militaire. Afin que l’absence de Belle-Rose ne fut pas interpretee d’une maniere defavorable, il avait ete en apparence charge d’une mission pour M. de Louvois. Arrive a Chantilly, Belle-Rose se rendit chez l’intendant du prince, qui lui compta la somme convenue; puis il poussa vers Paris, ou il descendit chez le paris digne M.

Meriset, qui pensa s’evanouir de joie en le revoyant. Le lendemain, il se dirigea vers Palaiseau. Parvenu a cinq minutes du village, il arreta un bouvier qui passait sur la route.

–Pourriez-vous m’indiquer la demeure de M. Bergame? lui dit-il. –Vous la voyez la-bas, entre ces vieux ormeaux; c’est la maison qui a des volets verts et des tuiles rouges.

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