Il avait fait a peine cinq cents pas sur la route qu’il apercut, se baignant en

Hercule pointa, esquissant un arret sans fermete. –Ce sont les perdreaux de Saulnier, pensa Maurin. Quelque jour il se les fera tuer! Ah! le voici lui-meme avec sa belette et son renard. Masque de ses larges oeilleres, Saulnier tapait voir la page a tour de bras sur un tas de cailloux; il etait assis a terre et il frappait, frappait. Sa belette dormait entre les pattes de son renard.

–De loin, lui dit Maurin, on voit tes perdreaux avant de te voir; on te les tuera. –Non, dit Saulnier, mon renard les garde. Quand un etranger approche il s’inquiete et grogne. J’ai compris, a sa figure, que celui qui s’avancait etait un ami et les amis reconnaissent mes perdreaux. Et puis, ils savent qu’en ce moment c’est ici mon quartier de travail. J’esperais bien te voir, Maurin. –Et de neuf, qu’y a-t-il? –Il y a de neuf que j’ai vu passer par ici Cesariot. Cesariot etait le fils aine de Maurin, celui dont il ne parlait guere, et pour cause. –Ah! tu as vu Cesariot? –Oui. Il revenait de Toulon.

Il est alle dans la mauvaise ville depenser son argent de six mois. Et maintenant, il est retourne a Saint-Tropez en gagner encore qu’il depensera de meme. Mais cela ne serait rien, s’il n’avait pas d’autres intentions, qui ne sont guere bonnes! Je ne sais qui lui monte la tete. Si les gens connaissaient ce qu’il est pour toi, c’est-a-dire ton fils, on y regarderait a deux fois, je pense, avant de s’exposer a ta colere. On le bourre d’idees mauvaises et comme il aime l’aiguarden, cela lui fait une mauvaise tete.

–Et qui donc, repliqua Maurin en froncant le sourcil, le bourre d’idees comme ca? –Des gens qui lui donnent a lire toutes sortes d’histoires. C’est surtout la _liture_ (lecture) qui le perd. Il m’a conte qu’il a chez lui des papiers ou l’on voit des enfants de rien perdus ou voles, qui retrouvent leur pere prince et qui deviennent des rois apres avoir ete des mendiants, et il dit qu’il lui en arrivera autant, ou bien que, s’il ne devient pas roi, il fera sauter des rois avec des machines infernales.

Il dit que, sur la terre, il faut etre ou empereur pour le moins ou voleur comme plusieurs de ses amis. –Oh! dit Maurin, je les lui ferai passer de la tete, moi, ses idees de fena (mauvais sujet), et s’il veut un pere, eh bien! je lui en donnerai un, moi, de pere, et qui me ressemblera comme deux gouttes d’eau. Ah! il veut le connaitre, son pere! Eh bien, je lui ferai faire sa connaissance! –Il devient pire tous les jours, ton garcon. Je te dis qu’il parle de faire sauter les riches avec des coups de mine ou des bombes chargees de poudre de contrebande. –Ah! le mechant bougre! fit Maurin. Voyez-moi ces idees: il veut etre fils de roi et deteste les fils de roi parce qu’il n’est pas fils de roi! Et l’animal, si on lui donnait un gouvernement, serait plus mechant que les plus mechants! Je vois qu’il faudra lui remettre un peu et bientot la cervelle a l’endroit.

Quand on se plaint de ceux qui ont les bonnes places, ca doit etre pour faire mieux qu’eux, Saulnier, le jour ou on les met par terre.

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