Heureusement la vieille loque de feutre n’avait plus rien a perdre

Il la triturait, embarrasse, cherchant des idees, des mots. Plein de l’envie de plaire au monsieur qui lui plaisait beaucoup, plein d’un desir vague, infini, de quelque chose qu’il ne savait pas dire, qui existait pourtant, qui lui manquait, et qu’il venait chercher ici. . . L’ame obscure du chasseur, comme un papillon de nuit, se cognait a la vitre lumineuse du savant dans une admiration ignorante, dans un voeu inconscient de chaleur et de lumiere.

Il souffrait, tremblant qu’on ne le renvoyat sans accepter son fils, sans realiser sa chimere. M. Rinal reflechissait. –Je ne peux pourtant pas deviner! murmura-t-il. .

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Vous avez bien un projet pour l’avenir du petit? Voulez-vous en faire un paysan? J’aime assez cela. Un soldat? ca va encore! Un marin? un bouchonnier? un jardinier qui cultive les primeurs pour les envoyer a Paris et a l’etranger? D’apres ce que vous deciderez, je tacherai d’aider votre fils. . . car c’est entendu,–vous me plaisez,–je le ferai travailler. . . –Vraiment, ah! quel bonheur, mon brave monsieur! –Mais que faut-il lui apprendre, quoi? dites un peu.

Un mot sortit de tout l’etre de Maurin, brusque, involontaire, etrange, superbe: –Tenez, monsieur, fit-il ingenument, apprenez-lui la justice! M. Rinal devint tout pale. Il se sentit le coin des yeux picote par l’emotion,–et il marcha vers l’homme, qui se leva. Il lui tendit sa main que Maurin saisit. –Vous etes un brave homme, vous! dit-il a Maurin. Envoyez-moi votre fils quand vous voudrez. Ce fut le tour de Maurin de devenir pale. Quand il raconta a Parlo-Soulet sa visite chez M. Rinal: –Devant un homme ainsi, declara Maurin, je t’assure qu’on n’a pas envie de galeger. . . Rien que de le voir, ca me fait un effet, a moi! –Diable! il faut alors, dit Parlo-Soulet, qu’il ait bougrement de talent! CHAPITRE XII Monsieur le prefet a la parole.

–Parlo-Soulet l’interrompt. La petite ville de Bormes attendait l’arrivee de M. le prefet qui avait annonce son intention d’assister aux obseques du pauvre Crouzillat. M.

le prefet voulait honorer a la fois le mort et les habitants pour leur conduite dans l’affaire des « evades ». De plus il saisissait volontiers cette occasion de faire la connaissance de Maurin, chef de l’expedition, et de s’en faire un ami. Le cortege qui suivait le corps du pauvre Crouzillat montait lentement la rampe qui va du village au cimetiere. Au bord de la route, sur une sorte de promontoire qui s’avance dans la vallee, ce site le cimetiere rit, a belles murailles blanches, a pleins buissons de roses, et decoupe ses mimosas et ses eucalyptus d’un gris bleute sur le bleu de la mer. Du cote de la terre, il regarde les cimes ou des pointes de roches violettes percent, nombreuses, les verdures des pins et des chenes-lieges. En deux ou trois endroits, une « pierre franche », venue la on ne sait comment, eclate de blancheur sur le flanc vert de la colline.

M. le prefet admirait ces choses tout en suivant le cortege ou gendarmes, gardes forestiers et chasseurs, uniformes et vestes de bure, se coudoyaient.

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